«Les morts ne sont pas dans les tombes, ils sont dans le cœur des hommes.»
Cette sagesse persane dit, mieux que tout, la survivance de l’être par la mémoire. Six ans se sont écoulés depuis qu’Ibrahima Diakhaby s’est éclipsé, sans fracas, laissant derrière lui une trace indélébile dans le journalisme sénégalais et dans l’histoire politique récente.
Ibrahima Diakhaby était de ces hommes rares qui œuvrent loin de la lumière mais façonnent les trajectoires. Formé à l’école exigeante de L’Observateur, il avait ensuite investi les nouveaux médias du groupe, notamment TFM Religion et L’Obs TV, avec la rigueur du chercheur et l’intuition du stratège. Docteur en communication, il n’était pas seulement un technicien du message : il en était l’architecte.
Chargé des relations presse du leader de Pastef, Ousmane Sonko, Diakhaby fut l’un des premiers à croire, à s’engager, à construire. Il serait malhonnête de nier son rôle déterminant dans l’émergence médiatique d’un homme alors inconnu du grand public. Il a su transformer une parole brute en message audible, une conviction en récit, une audace solitaire en dynamique collective.
Lui-même en avait conscience lorsqu’il écrivait, le 24 janvier 2019, sur sa page Facebook :
« Il est des moments où les règles habituelles de la vie n’ont plus cours, des situations où il est dangereux de demeurer inerte. Le moins risqué est alors de prendre des risques. Risquons tous pour la victoire d’Ousmane Sonko au soir du 24 février 2019. »
Depuis, chaque évocation du nom d’Ousmane Sonko ravive immanquablement le souvenir d’Ibrahima Diakhaby, le journaliste, le compagnon de route, l’homme de fidélité. Que Dieu lui accorde Sa miséricorde et qu’Il l’accueille en Sa paix.
La question demeure, insistante, presque gênante : l’actuel Premier ministre mesure-t-il pleinement le rôle fondateur qu’Ibrahima Diakhaby a joué à ses côtés, à une époque où la proximité était un risque et l’engagement un pari incertain ?
Quand les projecteurs se détournaient encore, Ibrahima était là. Corps et âme. Pour offrir une visibilité, pour porter un message dans un environnement médiatique souvent hostile. Il a donné son temps, son énergie, parfois au détriment de lui-même, pour que l’idée progresse et que l’homme gagne.
Reste enfin l’essentiel, celui qui échappe aux discours : la famille laissée derrière lui. Une famille privée d’un pilier, d’un repère, d’un protecteur. Un geste de reconnaissance, aussi symbolique soit-il, aurait valeur de réparation morale. Non par charité, mais par fidélité à la mémoire et par grandeur d’âme.
Car les morts ne vivent que par ce que les vivants font de leur héritage. MTG










