L’agriculture, socle de la souveraineté économique et alimentaire du Sénégal, s’est imposée comme un axe prioritaire de l’action publique depuis l’accession au pouvoir du Président Bassirou Diomaye Faye en mars 2024. Deux ans après, le regard porté sur ce secteur stratégique révèle une dynamique portée par une volonté politique affirmée, mais également confrontée à la dure réalité des contraintes structurelles et climatiques.
Dès les premiers mois du mandat, un effort budgétaire d’une ampleur inédite a été consenti en faveur du monde rural. Près de 300 milliards de francs CFA ont été injectés dans le secteur agricole en une seule année, dont 91 milliards destinés à l’apurement des dettes héritées et 120 milliards mobilisés pour la campagne agricole 2024-2025. À cela s’ajoute une enveloppe de 130 milliards de francs CFA pour la campagne 2025, confirmant un niveau d’investissement historiquement élevé. Cette mobilisation s’est accompagnée d’un renforcement significatif des subventions sur les intrants et les équipements agricoles, ainsi que d’une revalorisation du prix plancher de l’arachide de 25 francs CFA par kilogramme, traduisant une volonté claire d’améliorer les revenus des producteurs.
Dans le prolongement de cet engagement financier, des avancées ont été enregistrées en matière de production et de modernisation du secteur. La production céréalière a ainsi dépassé les 2,5 millions de tonnes en 2025, portée par une meilleure disponibilité des intrants et des équipements modernes. Cette dynamique s’inscrit dans la continuité d’une campagne 2023-2024 marquée par une hausse globale de 14,9 % de la production céréalière, avec des progressions notables du mil et du riz. Parallèlement, la filière arachidière a bénéficié d’une meilleure organisation de la collecte et de la transformation, tandis que des initiatives visant à impliquer davantage la jeunesse rurale ont contribué à revitaliser certains territoires agricoles.
Cependant, ces avancées n’ont pas suffi à prémunir le secteur contre les chocs exogènes. La campagne agricole 2024-2025 a mis en évidence la vulnérabilité persistante de l’agriculture sénégalaise, avec une baisse significative de 24,4 % de la production céréalière, tombée à 2,31 millions de tonnes contre 3,05 millions l’année précédente. Cette contraction s’est accompagnée d’un recul des principales cultures, notamment le mil, le maïs et le riz, ainsi que d’une chute de 24,8 % de la production arachidière. Dans le même temps, les superficies cultivées ont diminué de 18,6 %, traduisant l’impact combiné des aléas climatiques, des difficultés d’accès aux facteurs de production et des insuffisances persistantes dans l’organisation des filières.
Face à ces défis, les autorités ont engagé des réformes structurelles visant à transformer durablement le secteur. La réorganisation des circuits de commercialisation, la promotion de la contractualisation agricole et l’accent mis sur la transformation locale s’inscrivent dans une vision plus large portée par le référentiel Sénégal 2050. Cette orientation stratégique ambitionne de renforcer la souveraineté alimentaire tout en créant davantage de valeur ajoutée sur le territoire national. Néanmoins, ces réformes demeurent encore inachevées et se heurtent à des contraintes bien connues, parmi lesquelles figurent la faiblesse des rendements, le déficit d’infrastructures de stockage et la forte dépendance aux aléas pluviométriques.
Au total, ces deux premières années apparaissent moins comme un aboutissement que comme une phase de transition. Elles traduisent un volontarisme politique indéniable, soutenu par des investissements publics conséquents et un engagement réel en faveur des producteurs. Mais elles révèlent également la persistance de fragilités structurelles qui limitent la portée des résultats obtenus.
L’enjeu des prochaines années sera donc décisif. Il s’agira de convertir cet effort budgétaire en gains durables de productivité, de renforcer la résilience du secteur face aux chocs climatiques et de concrétiser l’ambition de souveraineté alimentaire. C’est à cette condition que l’agriculture sénégalaise pourra pleinement jouer son rôle de levier de transformation économique et de stabilité sociale.
M.Djibril BA
Ingénieur agronome
Ingénieur Financier
MBA en financial management
President du Mouvement PROGRÈS
Coalition Diomaye PRESIDENT










