Par Babou Biram FAYE – BBF
Il y a des Déclarations de politique générale qui ressemblent à des catalogues de promesses. Et puis, il y a celles qui cherchent, d’abord, à expliquer dans quel état se trouve le pays avant de dire où l’on veut l’emmener.
La Déclaration de Politique Générale (DPG) présentée ce mardi 8 septembre 2026 par le Premier ministre Ahmadou Al Amine LO, devant l’Assemblée nationale, appartient, clairement, à cette deuxième catégorie.
On pourrait même la qualifier de «cours inaugural» : le nouveau chef du Gouvernement a davantage cherché à installer une méthode, une discipline et une nouvelle manière de gouverner qu’à simplement aligner des annonces.
Son message central est limpide : le cap ne change pas, mais, la méthode doit changer. L’Agenda national de transformation Sénégal 2050 demeure sa boussole, tandis que l’action gouvernementale doit, désormais, être davantage soumise à la compétence, à la rigueur, à l’évaluation et à la reddition des comptes.
Un cours sur l’État, avant un programme de gouvernement
C’est, probablement, l’un des enseignements majeurs de cette DPG.
Al Amine Lô n’a pas voulu présenter une nouvelle vision concurrente de celle déjà portée par le Président Bassirou Diomaye Faye et par Ousmane SONKO, son Premier Ministre d’alors. Il a revendiqué la continuité avec les orientations de Sénégal 2050, tout en annonçant une inflexion dans la manière de les exécuter.
Les «sept ruptures» précédemment annoncées restent ainsi, selon lui, la fondation de l’action gouvernementale. Mais, le Premier ministre veut, désormais, passer de l’intention à la preuve, de la promesse à l’exécution, du discours au résultat.
C’est là toute la portée de sa formule : «Bâtir un État qui sert et non un État qui se sert».
Cette phrase pourrait, finalement, devenir la véritable devise politique de cette nouvelle séquence.
Car, un État qui sert, ce n’est pas, seulement, un État qui dépense. C’est un État qui priorise, arbitre, contrôle, évalue et rend compte.
Le réalisme comme point de départ
L’autre particularité de cette DPG est son réalisme économique.
Le Premier ministre n’a pas esquivé la situation financière du Sénégal. Il a, au contraire, placé le redressement des finances publiques au cœur de sa feuille de route.
Les chiffres sont lourds : les arriérés de l’État envers les entreprises ont été évalués à 1 956 milliards de FCFA pour 5 425 dossiers.
Dans ces conditions, promettre, immédiatement, de grands travaux, aurait été, politiquement, séduisant, mais, économiquement, irresponsable.
Al Amine Lô assume donc un choix difficile : redresser d’abord, investir ensuite.
Il a, notamment, expliqué que les grands projets de la Vision Sénégal 2050 devront attendre le rétablissement des comptes publics, avec l’ambition d’engager les grands travaux dès l’année prochaine.
C’est, peut-être, le passage le moins spectaculaire de la DPG, mais, certainement, l’un des plus importants.
Parce qu’en politique publique, savoir dire «pas maintenant» peut parfois être plus courageux que promettre «tout, tout de suite».
Le FMI : sortir du procès d’intention
Autre moment fort : la défense du programme conclu avec le FMI (Fonds Monétaire International).
Al Amine Lô a voulu déconstruire l’idée selon laquelle le programme du FMI constituerait une politique imposée de l’extérieur. Selon lui, ce programme s’inscrit dans les orientations de Sénégal 2050.
Le débat mérite donc d’être déplacé. La vraie question n’est plus seulement : «FMI ou pas FMI ?»
Elle devient : Comment utiliser cet accompagnement pour restaurer les équilibres financiers, préserver la souveraineté économique et remettre l’État en capacité d’investir ?
C’est, précisément, sur cette capacité à transformer la contrainte financière en stratégie de redressement que le Gouvernement sera jugé.
La souveraineté, mais, avec les pieds sur terre
La DPG dessine également un État davantage stratège : souveraineté économique et alimentaire, valorisation des ressources minières, énergie, emploi, logement, infrastructures, développement territorial.
Mais, là encore, Al Amine Lô semble vouloir éviter le piège du volontarisme sans financement.
La souveraineté ne peut pas être seulement un slogan. Elle doit être financée, planifiée et exécutée.
Le Premier ministre propose donc une approche fondée sur la rentabilité, l’impact des projets et l’efficacité de la dépense publique.
Le véritable examen commence maintenant
C’est ici que s’arrête le «cours inaugural».
Parce qu’une DPG, aussi cohérente soit-elle, n’est finalement qu’un contrat politique avec la Nation.
Le Premier ministre a posé le diagnostic. Il a expliqué la méthode. Il a rappelé le cap. Il a annoncé les priorités.
Maintenant commence le véritable examen : celui des résultats.
Les Sénégalais ne demanderont pas seulement combien de projets auront été annoncés.
Ils demanderont : combien d’emplois auront été créés ;
combien d’entreprises auront été sauvées de l’asphyxie ; combien de dette intérieure aura été apurée ; combien de services publics auront été améliorés ; combien de projets auront effectivement produit de la valeur ; combien de territoires auront bénéficié du développement ; et surtout, combien l’État aura réellement changé dans sa manière de fonctionner.
Al Amine LO joue donc une carte particulière. Ni la rupture permanente, ni le statu quo.
La continuité du cap, mais, la rupture dans la méthode.
C’est peut-être cela, au fond, le sens politique de cette DPG. Le Premier ministre semble vouloir installer un Gouvernement de la preuve : moins de communication sur les intentions, davantage de comptes sur les réalisations.
Et c’est là que son «cours inaugural» prend tout son sens. Le professeur a donné le cours. Le Gouvernement doit maintenant faire les travaux pratiques.
Car, au bout du compte, un État ne se juge pas à la beauté de ses discours. Il se juge à la qualité du service qu’il rend à son peuple.
Et sur ce terrain, le véritable examen d’Al Amine Lô ne fait que commencer. Les résultats serviront de critères d’appréciation.
BABOU BIRAM FAYE Journaliste-Communicant
Analyste politique








