Le dimanche 4 octobre 2026, en suivant un reportage de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise consacré à feu Mady Cissokho, j’ai vécu un moment d’une singulière intensité émotionnelle.
À travers les images, les témoignages et les souvenirs, j’ai découvert bien davantage que le parcours d’un homme d’État.
J’ai entrevu la dimension humaine d’un citoyen, d’un père, d’un époux et d’un croyant.
Au fil du reportage, une émotion profonde s’est emparée de mon esprit. Les témoignages semblaient abolir les distances du temps, au point de me transporter dans une sorte de
rencontre virtuelle avec celui que je me permets d’appeler affectueusement Papa Mady.
Ce sentiment m’a conduit à une interrogation intérieure :
Ai-je le droit d’écrire ?
Ai-je le droit de traduire en paroles les émotions qui traversent mon cœur devant l’évocation d’une existence que je découvre à travers les souvenirs des autres ? Ai-je le droit de m’aventurer dans cette mémoire familiale, affective et historique qui appartient d’abord à ceux qui ont partagé sa vie ?
La figure du père m’associe à sa descendance ; son statut de figure nationale me place parmi ses héritiers.
Car l’héritage d’un homme ne se limite pas aux liens du sang. Il appartient également à celles et ceux qui, à travers son parcours, découvrent une part de leur histoire collective.
La famille conserve la chaleur de sa présence, l’intimité de ses paroles et la profondeur de ses souvenirs. La nation, elle, recueille le témoignage de son engagement, les traces de ses responsabilités et les enseignements de son existence.
Ainsi, sans prétendre appartenir à son intimité familiale, je me reconnais dans cette communauté de mémoire qui accueille les grandes figures de notre histoire. C’est à ce double titre, celui de l’émotion humaine et celui de l’héritage national, que je prends humblement la plume pour rendre hommage à Papa Mady. Chère Adja Ama, chers membres de la famille, permettez-moi cette liberté de conscience.
Je ne prétends ni raconter toute l’histoire de Mady Cissokho ni porter un jugement sur son existence.
Je souhaite simplement vous faire partager ce que son évocation a fait naître en moi. Peut-être trouverez-vous mes pensées singulières, mes interrogations inhabituelles ou mes réflexions trop audacieuses.
Mais il est des émotions qui ne demandent pas la permission de naître et des souvenirs qui, même reçus à travers un écran, nous invitent irrésistiblement à écrire.
Alors, avec respect et humilité, je prends cette liberté.
Ô TEMPS ! SUSPENDS TON VOL !
Cette célèbre invocation poétique a soudainement pris une signification particulière.
Devant les images de Papa Mady, j’aurais voulu suspendre le cours du temps.
Retenir un regard.
Prolonger une parole.
Écouter encore un témoignage.
Comprendre davantage ce que fut cet homme dans l’intimité de sa famille, dans ses responsabilités et dans sa relation avec Dieu.
Mais le temps poursuit inexorablement sa marche.
Il emporte les jours, les années et les générations.
Il transforme les présences en souvenirs et les existences en pages d’histoire.
Pourtant, il existe une force que le temps ne parvient pas toujours à effacer : la mémoire humaine.
Cette mémoire qui conserve les visages, recueille les paroles et transmet silencieusement les valeurs.
AU-DELÀ DU NOMBRE, LES DESSEINS DIVINS
Chère Adja Ama,
En poursuivant ma méditation, une autre interrogation s’est imposée à mon esprit. Devons-nous nous arrêter aux nombres, aux dates et aux années qui jalonnent une existence ?
Ou devons-nous chercher, au-delà de ces repères nécessaires, la signification spirituelle de notre passage sur terre ?
Les nombres appartiennent à la mesure humaine.
Les desseins divins, eux, relèvent d’un mystère qui dépasse notre intelligence.
L’homme compte les années.
Dieu connaît la destinée.
L’homme conserve les souvenirs.
Dieu connaît le secret des cœurs.
L’homme interroge le passé.
Dieu embrasse ce qui fut, ce qui est et ce qui sera.
Ainsi, ma réflexion ne cherche pas à interpréter les volontés divines, mais simplement à reconnaître humblement que toute existence porte une dimension qui échappe à nos calculs.
La vie de Papa Mady, comme celle de chacun d’entre nous, appartient à cette réalité profonde.
UNE PAGE, UN POINT, UNE NAISSANCE
Voilà finalement les trois expressions qui résument mon émotion.
UNE PAGE, parce que le reportage du 4 octobre 2026 a ouvert devant moi une page de l’histoire de Mady Cissokho.
Une page faite de témoignages, de souvenirs et d’enseignements.
UN POINT, parce que cette découverte m’a conduit à m’arrêter, à réfléchir et à méditer sur la fragilité de l’existence humaine.
Un point de rencontre entre l’histoire et la conscience.
UNE NAISSANCE, parce que cette émotion a fait naître en moi une réflexion nouvelle sur la mémoire, la transmission et la destinée.
Ce n’est pas une naissance physique, mais celle d’un regard renouvelé sur le sens de notre existence.
À VOUS, SA FAMILLE
Chère Adja Ama,
Chers membres de la famille Cissokho,
Recevez ces quelques réflexions comme l’expression sincère d’une émotion personnelle.
Je mesure que les souvenirs d’un père, d’un époux et d’un proche possèdent une profondeur que nul témoignage extérieur ne saurait entièrement restituer.
Je n’ai donc pas la prétention de pénétrer cette intimité.
Je souhaite seulement m’incliner respectueusement devant sa mémoire et reconnaître la
valeur de cette transmission familiale qui permet aux générations de découvrir ceux qui les ont précédées.
Votre témoignage contribue à faire vivre une mémoire qui dépasse désormais le cercle familial pour rejoindre une histoire plus large.
UNE DATE, UNE NAISSANCE, UNE MÉDITATION
Mady Cissokho naît le 16 juillet 1930, un mercredi. Cette date, qui résonne dans mon esprit avec le 16 juillet 622, traditionnellement associé au commencement de l’ère hégirienne, ouvre une méditation sur les calendriers et sur le destin. Le rapprochement relève ici de la symbolique spirituelle : les conventions calendaires et la date historique de l’Hégire doivent être distinguées. Une page, un point, une naissance : le temps humain s’écrit en dates, mais la portée d’une vie ne se laisse pas enfermer dans une seule date.
LE POUVOIR : COMPTER, PESER, DIVISER
Je songe au livre du prophète Daniel, chapitre 5, et à ses trois mots mystérieux : Mené, Tekel, Perès — compter, peser, diviser. Dans cette image biblique, la grandeur des hommes est soumise à une mesure qui les dépasse. Trois lettres arabes viennent alors nourrir ma réflexion : mîm, lâm et kâf, dont les valeurs traditionnelles sont respectivement 40, 30 et 20. Elles m’évoquent le mot « moulk », le pouvoir. Ce rapprochement est une lecture personnelle et symbolique, non une démonstration philologique.
UNE VIE DANS LES TOURMENTS DE LA POLITIQUE
L’histoire de Mady Cissokho fut aussi celle des ruptures et des responsabilités. Son exclusion du BPS, évoquée à la date du 19 mars 1957, précède un nouveau tournant : le 18 mars 1965, sa nomination ministérielle par le président Léopold Sédar Senghor. Joie pour les uns, émoi pour les autres : les événements politiques sont parfois ces coups de tonnerre qui obligent les contemporains à reconsidérer un homme. Compter les jours, peser les décisions, diviser les opinions : les mots de Daniel résonnent encore dans ma méditation. Ces dates et fonctions, reprises de mes notes, restent à confirmer par les archives.
MADY, LE MAIRE ET LE DIRIGEANT
Je retiens de mes notes ses responsabilités municipales à Kédougou, du 1er janvier 1961 au 1er janvier 1968, et à Tambacounda, du 1er janvier 1966 au 1er janvier 1973. Ces périodes, dont le chevauchement mérite une vérification documentaire, illustrent l’importance que j’accorde à son engagement dans la vie publique. Plus tard, Mady Cissokho aurait exercé la fonction de président-directeur général de la compagnie d’aviation Air Charter. Les charges passent, mais la mémoire des actes demeure.
LE NOMBRE 40 ET LE PARDON
Dans mes réflexions, les nombres se répondent : le carré de sept fois sept, les premiers jours des calendriers, la quarantième semaine de l’année. Je songe au 29 septembre 1998, date de sa disparition, et à cette expression que je choisis pour la décrire : « un pardon d’amour ». Né en 1930, il avait 68 ans. La quarantième sourate du Coran porte le nom de Ghâfir, « Le Pardonneur ». Ce voisinage des nombres n’établit pas une causalité divine : il invite mon cœur à contempler la miséricorde.
CONCLUSION — LA VIE, LA MORT ET LE RETOUR VERS DIEU
Enfin, chère Adja Ama, ensemble avec mon homonyme Papa Ibrahima, la famille et les proches, rendons-lui hommage en méditant sur la sourate 40, verset 68. Ce verset nous rappelle, dans son sens, que Dieu donne la vie et donne la mort et que, lorsqu’Il décrète une chose, Il lui dit « Sois », et elle est. Ainsi la naissance, le pouvoir, les épreuves, le départ et le souvenir se rejoignent devant l’Unique.
Allahou Akbar ! Dieu est l’Unique.
Que le Tout-Puissant, dans Son infinie miséricorde, pardonne à feu Mady Cissokho, accueille son âme dans Sa paix, illumine sa demeure éternelle et accorde à sa famille patience, réconfort et bénédiction.
Allahouma Amine.
À la mémoire de Papa Mady : une page d’histoire, un point de méditation, une naissance dans la conscience.









