Éviter la personnalisation du débat
Par Babou Biram FAYE
La récente publication du rapport du Fonds Monétaire International (FMI) sur la situation économique du Sénégal a déclenché un vif débat au sein de l’opinion publique. Certains titres de presse, à l’instar de « Le FMI enfonce Macky Sall », traduisent une tendance à personnifier les responsabilités économiques du pays, une approche qui fausse l’analyse et alimente des polémiques inutiles.
Il est essentiel de rappeler que le FMI ne juge pas un individu, mais, l’ensemble de la gestion économique d’un État. Les décisions financières et budgétaires ayant conduit à la situation actuelle ne sont pas l’œuvre d’un seul homme, mais, le résultat d’une gouvernance exercée par plusieurs institutions sur plusieurs années.
Une erreur de communication aux conséquences lourdes
L’une des principales erreurs que commettent aussi bien les médias que les responsables politiques est de réduire les difficultés économiques à la seule gestion de l’ancien président Macky Sall. Ce raccourci alimente la division et détourne l’attention des véritables enjeux.
Si des sanctions ou des critiques doivent être formulées, elles doivent s’adresser à l’État du Sénégal dans son ensemble, et non à un individu.
Beaucoup d’autres pays ont subi des sanctions pour avoir commis des erreurs pareilles. En focalisant le débat sur Macky Sall, on occulte la responsabilité collective des différentes administrations et institutions impliquées dans la gestion de l’économie nationale.
Le Premier ministre Ousmane Sonko, lui-même, a contribué à entretenir cette personnalisation du débat. Or, un tel discours, au-delà de son aspect polémique, peut se retourner contre le gouvernement actuel lorsque, à son tour, il devra rendre des comptes sur ses propres décisions économiques.
L’enjeu majeur d’une communication de crise
Pour éviter ces dérives et rassurer aussi bien la population que les partenaires économiques, le gouvernement doit adopter une communication rigoureuse et pédagogique. Il doit structurer son discours autour de trois axes fondamentaux : les actuels tenants du pouvoir doivent , d’abord, assumer la responsabilité collective de l’État. Plutôt que de cibler Macky Sall, il faut analyser objectivement l’héritage économique du pays et mettre en avant les mesures correctives envisagées. Les choix budgétaires et les engagements financiers ayant conduit aux difficultés actuelles sont le fruit d’un processus long et collectif.
Ensuite, ils doivent faire preuve de pédagogie économique. Le rapport du FMI contient des données complexes qui nécessitent une explication accessible au grand public. Il est primordial d’informer les citoyens sur les causes réelles de la crise économique, sur les mesures envisagées par le gouvernement et sur leurs implications. Une approche pédagogique éviterait les interprétations biaisées et les récupérations politiciennes.
Enfin, le gouvernement doit rassurer les partenaires économiques. Le Sénégal ne peut se permettre d’apparaître comme un pays politiquement instable ou économiquement imprévisible.
Le gouvernement doit démontrer qu’il reste un interlocuteur sérieux et crédible, capable de redresser la situation et d’assurer la continuité des engagements pris avec les institutions financières internationales et les investisseurs.
L’effet boomerang à éviter
En alimentant un débat axé sur la culpabilité d’un individu plutôt que sur une analyse globale des responsabilités de l’État, le gouvernement prend le risque de voir cette même logique s’appliquer à lui dans quelques années.
La gestion d’un pays repose sur une continuité étatique. Il est donc impératif d’éviter une rhétorique politicienne qui affaiblit les institutions et brouille les priorités économiques.
Si le gouvernement souhaite réellement redresser la situation et redonner confiance aux Sénégalais, il doit s’éloigner des querelles partisanes et privilégier une communication transparente, constructive et tournée vers l’avenir. Toute autre approche risquerait de compromettre la stabilité du pays et d’accentuer la crise.
Babou Biram FAYE