En 2011, j’étais envoyé spécial du journal L’Observateur pour une série de reportages consacrés au Fort de Podor. Il me fallait aussi rallier Halwar, village natal du vénéré El Hadji Oumar Foutiyou Tall, je devais marcher également sur les traces des grandes familles griottes de la vallée. Un périple délicat, à mener en plein mois de ramadan, dans un territoire que je découvrais encore, avec ses usages, ses silences et ses exigences. J’avoue avoir alors douté : comment tout embrasser, comment bien faire, comment être à la hauteur ?
C’est à ce moment précis que Seydi Gangué s’est imposé comme une évidence. Enseignant respecté, collaborateur du journal L’Observateur, il avait déjà tout vu, tout compris, tout préparé. Sans bruit, sans emphase. Il a devancé mes besoins, balisé mon chemin, levé les obstacles, pour que je puisse travailler l’esprit libre. Grâce à lui, la mission est devenue voyage, et le reportage, une rencontre.
Hier, lorsque son image m’est parvenue, j’ai refusé d’y croire. J’ai voulu voir une ressemblance trompeuse, une confusion de plus dans le flot des statuts WhatsApp. Le cœur s’accroche toujours à l’impossible, quand la perte est trop lourde à porter. Mais la vérité s’est imposée, brutale et silencieuse : Seydi Gangué s’en est allé, sur la pointe des pieds, rejoindre l’éternité.
Je me souviens de son hospitalité simple et sincère. Il m’avait ouvert sa maison, présenté à sa famille, à son épouse, avec cette fierté discrète des hommes profondément enracinés. Seydi Gangué était un homme de valeurs : homme de famille, homme de savoir, homme de combat. Engagé pour la cause des enseignants, généreux sans calcul, disponible sans jamais compter son temps. À Podor, il était plus qu’un nom : il était un repère, un trait d’union, une mémoire vivante.
Si mes reportages ont pu voir le jour sans heurts, c’est à lui que je le dois. À sa bonté naturelle, à son sens du partage, à cette manière rare d’aider l’autre sans jamais attendre de retour. Des hommes comme Seydi Gangué ne passent pas : ils demeurent.
Podor perd aujourd’hui l’un de ses plus dignes fils. Et moi, un compagnon de route, un souvenir précieux.
Que le Paradis soit ta demeure, cher Seydi.
À ta famille éplorée, j’adresse mes condoléances les plus sincères, avec une pensée profonde et fraternelle.
Ton frère Mor Talla GAYE










