Ne nous mentons plus. Ne faisons pas semblant de ne pas voir. Lorsqu’une justice cesse d’être aveugle pour devenir sélective, c’est toute la République qui vacille. Se draper dans les habits sacrés du droit pour infliger une punition politique à un homme en raison de sa proximité assumée avec un Président déchu relève d’une dangereuse imposture.
Ce que subit aujourd’hui le député d’Agnam, Farba Ngom, choque, indigne et inquiète. Il heurte profondément toute conscience éprise de justice, de (Nitté), d’humanité. Car il ne s’agit plus seulement d’un dossier judiciaire, mais d’un homme brisé à petit feu, exposé à l’opprobre publique, livré à une mécanique implacable dont les rouages semblent s’emballer.
Gare aux conséquences. Les dérives judiciaires, lorsqu’elles s’installent, laissent toujours derrière elles des ruines morales et institutionnelles. Le Sénégal ne peut se permettre ce naufrage symbolique. L’image d’un État de droit implacable avec ses opposants, mais hésitant avec ses principes, serait un lourd fardeau à porter devant l’histoire et aux yeux du monde.
Farba Ngom est malade. Gravement. Il est aujourd’hui au bord de la rupture (que Dieu l’en préserve). À quoi bon poursuivre cet acharnement ? À quoi sert d’humilier un homme déjà affaibli, de l’exposer quotidiennement à la vindicte populaire, alors qu’aucune preuve décisive n’est publiquement établie pour justifier la privation prolongée de sa liberté ? La raison commande de s’arrêter. La conscience impose de reculer.
Hier déjà, devant la Cour suprême, le vernis de la cohérence judiciaire s’est fissuré. Saisie d’un pourvoi contre une décision de la Chambre d’accusation financière relative à la liberté provisoire de Farba Ngom, la haute juridiction a rejeté le recours. Dans le même temps, une ordonnance du juge d’instruction financier accordait la liberté provisoire non seulement à Farba Ngom, mais aussi à Tahirou Sarr, poursuivi dans le même dossier, avec des mesures d’hospitalisation.
Deux hommes. Un même dossier. Des faits qualifiés de similaires. L’un présenté comme auteur, l’autre comme complice. Des motivations identiques, couchées noir sur blanc, rédigées dans les mêmes termes. Tout laissait croire à une issue conforme au droit, à l’équité, à la logique juridique la plus élémentaire.
Et pourtant…
Contre toute attente, le parquet aurait décidé d’interjeter appel uniquement contre la décision concernant Farba Ngom. Un seul nom. Un seul homme maintenu derrière les barreaux. Cette rupture d’égalité, dénoncée avec force par la défense, sonne comme une dissonance grave dans la symphonie de l’État de droit. « On ne peut pas libérer l’un et enfermer l’autre sans trahir le principe fondamental d’égalité devant la justice », martèle l’avocat.
Les conseils de Farba Ngom, tout en réaffirmant leur respect pour la présomption d’innocence, franchissent alors un seuil lourd de sens : ils évoquent des motivations politiques. Un mot grave. Une accusation lourde. À ce stade, les autorités judiciaires gardent le silence. Mais le silence, parfois, parle plus fort que les mots.
Au-delà du prétoire, l’alarme est désormais lancée par les organisations de défense des droits humains. La Ligue sénégalaise des droits de l’homme (LSDH), la RADDHO et Amnesty International Sénégal tirent la sonnette d’alarme et demandent la mise en liberté provisoire du maire d’Agnam.
Incarcéré depuis février 2025 dans une affaire de blanchiment de capitaux portant sur 125 milliards de francs CFA, tels que retracés par la CENTIF, Farba Ngom voit sa situation empirer sous le poids de la maladie. Une contre-expertise médicale ordonnée par la justice elle-même conclut sans ambiguïté : sa détention est incompatible avec son état de santé.
Face à cela, persister serait une faute. Les ONG appellent solennellement les autorités judiciaires à tenir compte de ces conclusions médicales et à examiner, avec humanité et diligence, la nouvelle demande de liberté provisoire introduite par ses avocats. Car le respect des droits humains n’est pas une option. Il est le dernier rempart contre l’arbitraire.
L’histoire jugera. Mais il est encore temps de ne pas s’y tromper.
Mor Talla GAYE









