Ce n’est pas un simple match. C’est une convocation de l’Histoire. Une demi-finale de Coupe d’Afrique n’oppose pas seulement vingt-deux joueurs : elle met aux prises des mémoires, des orgueils, des destins. À 17 heures, à l’ombre des projecteurs, les Lions du Sénégal défient les Pharaons d’Égypte dans ce qui ressemble à un jugement dernier de la Can 2025.
Les Lions avancent avec la faim des grandes nations inassouvies. Une deuxième étoile est à portée de griffes, mais elle exige un passage obligé : franchir la pyramide, immense, patiente, implacable. L’Égypte ne se renverse pas, elle use. Elle attend. Elle frappe quand l’adversaire se découvre.
Ne nous y trompons pas : ce combat sera une épreuve de nerfs. La route vers la finale à Rabat est piégée, jalonnée de mirages et de faux raccourcis. Et au sommet veillent deux sentinelles venimeuses : Omar Marmoush et Mohamed Salah. Leur laisser un souffle, un espace, une seconde de liberté, c’est accepter la sentence. On a vu comment leur discipline tactique a refroidi le collectif ivoirien, douché leurs ardeurs juvéniles, comment elle a réduit le banc de Emerse Faé au silence, spectateur d’un naufrage annoncé.
Dans cette bataille d’intelligence, Pape Thiaw joue bien plus qu’un match. Il joue sa crédibilité. Son banc sera un champ de décisions, son coaching une partition scrutée à la loupe. Pour sortir vivant de ce piège pharaonique, il lui faudra audace, lucidité et courage.
Le capitaine Kalidou Koulibaly ne s’y trompe pas : «L’Égypte est une équipe d’habitués, forgée par les grandes compétitions africaines. On l’a peut-être trop vite oubliée dans la liste des favoris. Mais elle est là, fidèle à son histoire, et elle sait gagner.»
Une mise en garde renforcée par Régis Bogaert, ancien adjoint d’Aliou Cissé, qui connaît cette Égypte pour l’avoir affrontée aux moments les plus cruels. Son constat est glaçant : l’Égypte n’a pas besoin du ballon pour gagner. 30% de possession lui suffisent pour tuer un match. Elle joue bas, frappe juste, et avance avec une obsession : offrir enfin la Coupe d’Afrique à Mohamed Salah. Là où Sadio Mané a déjà écrit sa ligne d’éternité, Salah court encore après la sienne.
Cette Égypte ressemble moins à une sélection qu’à un club soudé, enraciné, animé par une identité collective rare sur le continent. Peu de stars expatriées, mais une cohésion presque militaire.
Au Sénégal, il faudra apprendre des défaites des autres. Ne pas s’impatienter. Ne pas se livrer. Frapper au moment exact où les Pharaons respirent.
Car face à l’Égypte, la précipitation est une faute capitale.
À 17 heures, l’Afrique retiendra son souffle.
Et seuls les plus lucides écriront la suite.
Mor Talla GAYE










