Le droit international et le non-respect du principe de l’intégrité territoriale des États sont les deux grands perdants de l’agression américano-israélienne à l’encontre de l’Iran. Avant de poursuivre, un rappel : la théocratie iranienne massacre son peuple depuis des décennies ; la répression récente des manifestations dans le pays, ayant provoqué des milliers de morts, est le dernier exemple de l’autoritarisme brutal du régime des mollahs. Mais rien ne justifie l’agression d’un pays, le bombardement de civils en violation des principes qui régissent le droit international. Il se joue en Iran, de manière plus sanglante, ce qui vient de se jouer au Venezuela, où Nicolás Maduro a été arrêté, exfiltré et emprisonné aux États-Unis en violation flagrante du droit.
Nous vivons dans un monde où les Empires sont de retour, avec une velléité hégémonique assumée. En toile de fond, un affrontement latent pour le moment entre la Chine et les États-Unis. Le gendarme du monde renonce au multilatéralisme, assume le recours à une brutalité adossée à un vocabulaire obscène. À Washington, le Dark Enlightenment, mélange de néo-réaction, de technofascisme et d’une vision apocalyptique du monde, a pris possession des arcanes de l’administration Trump. La vision intellectuelle et « morale » du monde qu’il charrie rend le monde plus dangereux, car le « Projet » a un objectif assumé : en finir avec la démocratie et liquider la configuration du monde héritée de l’ordre westphalien, de 1945 et de 1989.
Netanyahou a un agenda clair : après les massacres à Gaza, annexer la Cisjordanie, rendre impossible l’érection d’un État palestinien, effacer l’Iran et ses proxys et imposer un leadership de Tel-Aviv dans un Moyen-Orient reconfiguré.
Et pour l’Afrique ? « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil », nous disait René Char. Nous sommes à la marge de la reconfiguration actuelle du monde. Nous devrions analyser le monde tel qu’il est et non tel qu’on le fantasme ou l’espère. Nous avons des ressources naturelles, une population jeune, des virtualités qui devraient faire de nous des acteurs de la scène internationale. Et nous avons surtout la responsabilité, avec un leadership moderne et engagé, de proposer un nouveau tournant au monde, sans naïveté ni pusillanimité.
Dans un monde complexe qui n’a jamais été aussi dangereux depuis 1945, j’ai la faiblesse de croire encore en la puissance de la parole du Sénégal. Nous avons toujours été au cœur des enjeux du monde, de Léopold Senghor à Macky Sall. Désormais, et c’est regrettable, nous avons un régime inapte, englué dans le fait divers et incapable de produire une vision internationale ambitieuse, claire et cohérente. Les querelles internes, l’indexation d’un ennemi imaginaire, les justifications hasardeuses et l’usage de mots vaseux et creux occupent leurs journées, au point qu’ils en oublient l’essentiel : la place du Sénégal dans le monde. Le monde est au bord de l’abîme, des puissances nucléaires agressent un pays souverain qui, en retour, bombarde ses voisins — tous nos alliés — ; et la majorité déroule les épisodes d’un risible sketch intitulé « Ndogou au Palais »… On pourrait en rire, n’eût été la gravité des temps que nous vivons, où une 3ème Guerre mondiale, qui effacerait toute vie sur terre, nous guette.
Le Sénégal a bâti au fil des décennies une diplomatie forte et agile capable de parler aux Américains, aux Iraniens, aux Israéliens et aux monarchies du Golfe. Que le gouvernement fasse quelque chose de cet héritage conçu grâce aux sacrifices de générations de Sénégalais.
Soyez pour une fois dignes de notre grand pays.
Faites mieux !










