Par Babou Biram Faye
À chaque crise universitaire, le même scénario se répète : tensions, intervention sécuritaire, indignation nationale… puis silence. Jusqu’au prochain drame. Derrière les débats juridiques sur la franchise universitaire, une réalité brutale demeure : des étudiants ont perdu la vie sur des lieux censés incarner le savoir et l’avenir. La question n’est plus seulement légale. Elle est morale, politique et nationale.
La question de l’entrée des Forces de défense et de sécurité (FDS) à l’université revient comme un refrain tragique dans notre pays. À chaque manifestation, à chaque intervention sur un campus, le débat ressurgit : la franchise universitaire a-t-elle été violée ?
Mais à force de débattre du droit, nous oublions l’essentiel : des vies ont été perdues.
Balla Gaye. Bassirou Faye. Fallou Sène. Ablaye Ba…. Et qui d’autres?
Ces noms ne sont pas des slogans. Ce sont des étudiants. Des fils. Des espoirs.
Derrière chacun d’eux, il y a des parents qui avaient confié leur enfant à l’Université pour apprendre, réussir et construire un avenir. Aucun parent n’inscrit son enfant à l’Université pour le voir mourir dans un contexte de confrontation, pour recevoir un cercueil à la place du diplôme, des condoléances à la place des honneurs et félicitations après soutenances.
Beaucoup auraient préféré garder leurs enfants à la maison plutôt que de les perdre dans des circonstances aussi tragiques.
Alors oui, parlons du droit.
La loi n°94-79 du 24 novembre 1994 est claire : les universités publiques jouissent de la franchise universitaire. Aucun agent des forces de défense et de sécurité ne peut pénétrer dans l’enceinte universitaire sans l’autorisation du Recteur, sauf en cas de flagrant délit, de poursuite judiciaire ou de danger imminent.
L’Université n’est, donc, pas une zone interdite.
Mais, elle n’est pas non plus, un terrain d’intervention ordinaire.
Le problème, au Sénégal, n’est pas l’absence de cadre juridique. Le problème est la gestion politique et sociale des crises.
Car, à chaque fois, le même engrenage se met en place : Retards de bourses. Colère étudiante. Tensions croissantes. Intervention sécuritaire. Et parfois, l’irréparable.
La légalité d’une intervention ne suffit pas à la rendre acceptable moralement.
On peut agir dans le cadre de la loi et provoquer un drame irréversible.
L’État a le devoir de maintenir l’ordre public. Cela ne souffre d’aucune contestation.
Mais, il a d’abord le devoir suprême de protéger la vie.
Les autorités universitaires doivent préserver l’autonomie académique, mais elles doivent aussi anticiper les crises.
Les organisations étudiantes ont le droit de revendiquer, mais elles ont également le devoir de mesurer les risques d’escalade.
Si nos campus deviennent des lieux récurrents d’affrontement entre jeunesse et forces de sécurité, c’est que nous avons collectivement échoué : Échec du dialogue social ; Échec de l’anticipation budgétaire ; Échec de la médiation institutionnelle ; Échec du leadership politique.
La franchise universitaire ne doit pas être invoquée uniquement après un drame. Elle doit servir à prévenir les crises, à encadrer les interventions et à responsabiliser tous les acteurs.
Il est temps d’instituer un protocole public, clair et transparent d’intervention sur les campus, avec des mécanismes d’encadrement et de médiation obligatoires avant toute escalade sécuritaire. Il est temps de sortir de la gestion improvisée et politicienne des crises universitaires. Car, chaque étudiant perdu est une défaite nationale.
La franchise universitaire est un principe juridique. La protection de la jeunesse est un impératif républicain.
Et si nous échouons à garantir la sécurité de nos étudiants dans les lieux mêmes où ils construisent leur avenir, alors, c’est toute la République qui vacille.
Plus jamais un étudiant ne doit mourir pour avoir voulu étudier.
BBF










