Mame Cheikh,
Neuf années se sont écoulées. Neuf années qui, dans le calendrier des hommes, semblent longues, mais qui, dans l’ordre de l’éternité, ne sont qu’un instant suspendu dans la volonté d’Allah. Vous portiez ce nom Al Makhtoum, (le Mystérieux) et jamais appellation ne fut plus juste. Car nul témoignage, aussi sincère soit-il, ne pourra jamais embrasser l’ampleur de ce que vous fûtes. Neuf ans comme un silence habité, un espace où votre absence physique devient paradoxalement une présence plus profonde. Vous êtes parti, mais vous nous avez laissé l’essentiel : la voie.
La prière comme refuge. La prière comme discipline de l’âme. La prière comme cet acte mystérieux par lequel l’homme se rappelle qu’il n’est qu’un voyageur entre deux souffles.
Vous nous l’aviez enseigné avec cette profondeur qui n’appartient qu’aux hommes de Dieu : «Si la prière cesse d’être la sacralisation de nos actes quotidiens, malheur à ceux qui, par ignorance, en deviennent les victimes. Car la prière est à l’âme ce que l’engrais est à la surface du sol : elle l’améliore ou elle l’écrase. C’est une question de dosage, de discernement, mais surtout d’éducation mystique.» Depuis lors, vos paroles continuent de marcher devant nous comme des lampes dans la nuit. Elles dissipent les brumes du doute et nous rappellent que l’homme qui s’adosse à la vérité ne tombe jamais vraiment. Il peut vaciller, mais il se relève toujours.
Cette leçon, mon jumeau Malick Sy et moi-même l’avons apprise dans le silence vibrant de vos paroles, comme tant d’autres qui continuent, encore aujourd’hui, de boire à la source de votre lumière.
Mame Cheikh,
Vous avez déposé en chacun de nous tous une étincelle qui refuse de s’éteindre. Une lumière qui fait reculer les peurs et qui apaise les doutes. Je me souviens encore de cette pensée qui guide mes pas dans ce monde où tant de choses ne sont que vanité : Vous disiez que Dieu est l’ensemble de tout ce qui existe, et que la religion est cette tension intérieure qui maintient l’équilibre du monde visible et invisible. Aujourd’hui, alors que le tumulte des temps nouveaux emporte souvent notre jeunesse vers les mirages du chaos, votre sagesse continue de nous saisir comme une main ferme posée sur l’épaule.
Car vous nous avez appris qu’une vie sans religion est une vie sans principes, et qu’une vie sans principes ressemble à un navire abandonné aux courants, sans gouvernail ni direction.
Mame Cheikh,
Comme une prémonition, vous avez anticipé sur les remèdes aux crises multiformes qui secouent l’humanité. Votre foi inébranlable en Allah (Swt) explique le secours que vous avez toujours imploré de LUI par la prière et l’invocation. Un principe que vous avez cultivé à travers l’enseignement du Prophète Mohamed (Psl) qui a révélé que la prière et l’invocation sont les armes les plus puissantes du musulman. Aussi, elles sont des boucliers spirituels et permettent une connexion directe avec Allah (Swt). À l’image du Prophète Mohamed (PSL), dont la lumière éclaire les cœurs et transforme les vies, AL Makhtoum a franchi le voile du monde visible pour rejoindre le royaume des amis de Dieu. Comme son vénéré père, Serigne Babacar Sy, érudit, poète et guide des âmes, il veille toujours, silencieux et discret, sur ceux qui restent.
Aujourd’hui, lorsque nous marchons dans la fidélité de vos enseignements, lorsque nous honorons les engagements que vous avez bénis, nous sentons encore votre présence silencieuse veiller sur nos pas.
KHALIFA CAMARA,
VOTRE FILS ET
DISCIPLE ETERNEL










