PAR M. MAMADOU THIAW, PR D’ANGLAIS.
CHARGE DE COMMUNICATION DU MOUVEMENT POUR LA CITOYENNETE ET L’EMERGENCE DU SENEGAL (MOCES)
La problématique de l’emploi est un défi majeur au Sénégal et particuliérement chez les jeunes agés entre 15 et 35 ans. En effet, le système éducatif est souvent déconnecté des besoins du marché de l’emploi entraînant un décalage entre les compétences acquises et celles demandées. Face à cette problématique, il est essentiel de repenser l’offre éducative au niveau moyen- secondaire et à la formation professionnelle en vue de répondre aux réalités s du marché et favoriser l’insertion professionnelle de la jeunesse.
Contexte et enjeux
Au Sénégal, l’emploi constitue un casse-tête pour la jeunesse. Et pourtant, une grande partie titulaire de licence ou de master ne capitalise aucune compétence technique et professionnelle adéquates, ce qui limite naturellement leurs chances de décrocher un premier emploi stable et décent. L’offre éducative reste souvent déconnectée des besoins du marché du travail, en particulier dans des secteurs porteurs comme l’agriculture, le numérique ou les métiers techniques.
Ainsi voici quelques indicateurs clés de l’emploi des jeunes au Sénégal (2024–2025)
– Jeunes 15–24 N.E.E.T (ni en emploi, ni en éducation, ni en formation) : 34%
– Taux élargi de chômage (global, 2024) : 20,3%
– Niveau d’emploi global : 42,8%
– Participation au marché du travail (15+), T1 2025 : 56%
Note : 15 à 24 ans : 3.780.000 habitants (source ANSD)
DEFIS
L’enseignement moyen-secondaire général ne fournit toujours pas des compétences pratiques pour préparer la jeunesse à affronter les nouvelles exigences du marché de l’emplo. De même, le système de formation professionnelle manque parfois d’alignement avec les demandes du marché, réduisant l’employabilité des jeunes.
Les liens entre écoles, centres de formation et entreprises sont insuffisants, limitant l’accès à des stages, apprentissages ou immersions en milieu professionnel. Par ailleurs, les infrastructures et équipements de formation restent parfois inadéquats ou inégalement répartis. Par conséquent, le suivi et l’évaluation de l’impact de la reforme pour ajuster l’offre éducative demeurent un impératif à concilier avec la mobilisation des acteurs (État, société civile, entreprises) pour une approche concertée.
Ainsi ces défis ont un impact réel sur l’emploi des jeunes :
– Inadéquation entre compétences et besoins du marché : Freine l’embauche des diplômés
-Faible insertion professionnelle des filles : N.E.E.T plus élevé chez les femmes
-Manque de lien entre formation et entreprise : Peu de stages/alternance
SOLUTIONS
Pour faire face à ces défis, le renforcement de l’intégration de filières techniques et professionnelles dès le cycle moyen-secondaire est une solution structurelle de même que l’adaptation des curricula pour y inclure des compétences techniques, digitales et entrepreneuriales répondant aux besoins actuels du marché du travail
Par ailleurs, la modernisation et équipement des centres de formation avec des outils pertinents ainsi que le développement des partenariats école-entreprise peuvent faciliter les stages, l’apprentissage en alternance et l’insertion professionnelle. Aussi la promotion, dès le secondaire, de l’orientation professionnelle aiderait les jeunes à s’insérer plus efficacement.
Entre aures solutions, voici quelques recommandations:
- Réformes éducatives
- Révision des curricula dès l’enseignement moyen pour y intégrer:
-compétences techniques métiers
-compétences numériques et soft skills
(Aligner les programmes sur les besoins du marché)
- Promotion systématique de l’orientation professionnelle à partir du collège, afin de réduire le taux de NEET.
3. Renforcement des filières techniques et professionnelles :
développement de l’apprentissage en alternance
certification reconnue des compétences
- Partenariats école ↔ entreprise
Mise en place d’incitations fiscales pour les entreprises qui :
-recrutent des apprentis
-offrent des stages rémunérés
-co-conçoivent des programmes avec les centres de formation
- Support à l’entrepreneuriat des jeunes:
Créer un-Fonds national de soutien à l’entrepreneuriat des jeunes:
-subventions de démarrage
-accès à micro-crédit -coaching mentoré
- Approche ciblée selon genre et milieu
Programmes spéciaux pour:
-jeunes femmes (soutien à leur insertion pro, formation continue)
-zone rurale (agriculture, agro-alimentaire, métiers verts)
Cela répond aux disparités d’accès constatées entre milieux urbain / rural et selon le genre.
PERSPECTIVES POUR UNE OFFRE ÉDUCATIVE ADAPTÉE
À long terme, une stratégie éducative intégrée renforçant les liens entre éducation et emploi est essentielle. Cela inclut une planification nationale participative, l’usage de technologies éducatives innovantes et une augmentation de l’adéquation entre formation et besoins socio-économiques. L’objectif est de favoriser une jeunesse mieux formée, plus employable et capable de contribuer au développement durable du Sénégal. Pour y parvenir, il nous faut:
– Une amélioration de l’insertion professionnelle : adapter les formations aux besoins du marché pour augmenter les chances d’emploi des jeunes.
– Le développement de compétences clés: compétences numériques, entrepreneuriales, et soft skills pour répondre aux exigences des employeurs.
– Le renforcement des partenariats: collaborations avec les entreprises, les organisations professionnelles et les acteurs du développement pour des formations commandées et adaptées.
– La valorisation des métiers: promouvoir les filières techniques et professionnelles pour changer les mentalités et les représentations.
– L’accès élargi à la formation: développer des formations flexibles (à distance, en ligne, alternance) pour toucher un public plus large.
CONCLUSION
Face à la problématique persistante de l’emploi des jeunes au Sénégal, l’offre éducative, notamment au niveau de l’enseignement moyen-secondaire et de la formation professionnelle, apparaît comme un levier stratégique incontournable. Ainsi le diagnostic montre clairement que le chômage et le sous-emploi des jeunes sont étroitement liés à l’inadéquation entre les formations dispensées et les besoins réels du marché du travail. Malgré les efforts consentis par l’État et ses partenaires, de nombreux jeunes demeurent insuffisamment préparés à une insertion professionnelle durable.
Pour relever ce défi, il est indispensable de repenser l’éducation dans une logique d’employabilité.
Cela implique l’intégration précoce des compétences pratiques, techniques, numériques et entrepreneuriales dans les curricula, le renforcement de l’orientation scolaire et professionnelle, ainsi que le développement de passerelles efficaces entre l’école, les centres de formation et le monde de l’entreprise. L’enseignement technique et la formation professionnelle doivent être valorisés au même titre que l’enseignement général, afin de répondre aux besoins des secteurs porteurs de l’économie nationale.
À long terme, une politique éducative cohérente, inclusive et orientée vers le marché du travail permettra non seulement de réduire le chômage des jeunes mais aussi de favoriser leur autonomisation et leur participation active au développement économique et social du pays. En investissant dans une offre éducative adaptée et innovante, le Sénégal peut transformer le défi de l’emploi des jeunes en une véritable opportunité de croissance et de stabilité durable.










