A 77 ans en décembre prochain, Laye Diaw reporter sportif de talent a une rue qui porte désormais son nom à la Sicap, près du stade Demba Diop témoin de ses plus hauts faits d’armes radiophoniques. Au-delà de la forte émotion, l’homme de radio annonce pour bientôt la parution de deux ouvrages. Ses mémoires.

Laye Diaw est un juillettiste qui s’ignore. C’était la deuxième semaine du mois de juillet. La fête fut belle. Le temps clément, il ne manquait que la pluie qui s’est retenue de verser quelques gouttes de larmes, façon d’arroser une journée riche en émotions pour l’un des pères du reportage sportif sénégalais. Laye Diaw, un nom comme une voix. Une voie toute roulée au ballon…Laye Diaw, un nom comme une rue de la Sicap inscrite en son nom en marbre pour la postérité. Le week-end dernier, le journaliste sportif est passé par toutes les émotions, à l’occasion de la cérémonie Sargal et de cette rue près de l’enceinte Demba Diop qui va contribuer désormais à accroître son aura radiophonique. La rue Laye Diaw a un nom ronflant comme celui de son légendaire homonyme. Le journaliste qui va fêter ses 77 ans en décembre prochain est un enfant de la radio. Comme la radio n’en fait plus. L’événement a presque noyé dans un océan, l’inauguration de KMS3. Alors que Dakar crie eau secours depuis des années. Normalement le liquide précieux devra désormais couler à flots. C’est ce qu’on nous promet. Laye Diaw promet lui de nous accompagner encore longtemps par ses anecdotes croustillantes, ses envolées lyriques accouplées à sa voix de rossignol. Le monde d’hier est nostalgique de ses cours d’histoire distillés sur la bande Fm les dimanche après-midi quand les professeurs d’histoire corrigent avec une dégaine de bagnard les copies des élèves.
L’aventure de Laye Diaw a le mérite d’être conté par un conteur.
Kaolack dans les années 60 ressemblent à un gros village. Seules les mosquées de Baye Niasse et le stade municipal sont dignes d’urbanité. Laye Diaw a 24 ans en 1968. Il est un agent de Radio Sénégal qui se débrouille comme il peut pour animer des soirées Salsa, de donner des infos sportives et de tenir l’antenne. La musique et le sport, il n y a qu’un pas. Ousmane Cissé Madamel est le directeur de la station radio Sénégal, c’est une bête de rigueur et de travail, mais aussi un dénicheur de talent hors pair. C’est dimanche et le préposé pour faire les directs du stade n’est pas là. Il est bloqué à Ziguinchor et n’a pu faire le voyage. Alors l’on compte sur Laye Diaw comme roue de secours. Un talent va se révéler aux Sénégalais par la magie du transistor. Seul Ousmane Cissé Madamel dans le silence de sa conscience à l’époque croit en lui.
Déjà, joueur de football Laye Diaw ne rêve pas encore de micro pour une carrière. Il penche plutôt pour le ballon rond. Mais ce jour-là, le directeur de la radio qui n’aimait pas qu’on discute ses injonctions a le ton ferme. C’est Laye Diaw qui s’y colle pour raconter ce pan de sa vie. «Ousmane Cissé Madamel m’a dit ce que je vais te faire faire aujourd’hui tu vas le faire toute ta vie.»
«Ousmane Cissé Madamel, je lui dois tout»
Le stade de Kaolack est rempli comme un œuf. On entend à peine une mouche bourdonner. Des téléspectateurs, transistors collés à l’oreille ont investi les gradins. Dans une toute petite cabine de reporter où il prend place Laye Diaw ne tient plus. Il est tétanisé. Il dit : «Nous sommes en 1968 au stade municipal de Kaolack, ce jour-là je ne l’oublierai jamais quelle frayeur! La musique du dimanche quand je l’ai senti venir à moi, je ne sentais plus mes jambes. J’ai fait une présentation du match et rendu l’antenne et dans le stade plein comme un œuf, on entendait à peine une mouche bourdonnée. Et quand j’ai fini les gens ont applaudi. Ousmane Cissé Madamel qui suivait discrètement m’a dit à la fin. «Laye je suis fier de toi.». Le journaliste venait de signer sans le savoir un long bail avec la radio. Aujourd’hui que son aura a dépassé les frontières du Sénégal, il rend hommage à son mentor Ousmane Cissé Madamel décédé. Laye Diaw va faire une carrière à la Rts où les grands événements sportifs sont rendus spectaculaires par sa voix. Son parcours riche, son énorme pedigree font de lui un personnage incontrôlable du sport sénégalais.
«Au Caire, Cheikh Seck me dit qu’il a été licencié par sa banque»

Beaucoup de ses détracteurs qui ne s’affichent jamais en public lui reprochent son silence coupable au lendemain de la déroute de Caire 86, au soir d’une déroute nationale. Où quelques Lions «starisés» ont fait tout foirer à cause de comportements aux antipodes du haut niveau. A l’époque, à l’occasion d’un débat télévisé électrique, qui a tenu en haleine le Sénégal, le témoignage de Laye Diaw sur ce qui s’était passé ne viendra jamais. Jusqu’à cette justification devant le Grand Jury de dimanche dernier où Laye Diaw avoue n’avoir rien regretté de cet épisode : «Les gens n’ont pas compris comment nous étions installés au Caire. Les gens m’ont investi de responsabilités que je n’ai jamais eues. Je suis allé au Caire en 1986 accompagné de mon directeur de radio Pathé Fall Dièye qui est le chef de la mission. Je suis dans le même hôtel que lui, nous ne sommes pas dans l’hôtel des joueurs. Pour qui connait le Caire, à l’époque faisait 16 millions de FCfa. Le match c’est le 7 mars 1986, deux jours auparavant Pathé Fall Dièye me dit qu’on va faire un tour dans l’hôtel des joueurs. Pour quitter notre hôtel pour rallier celui des joueurs tu fais trois heures de temps à cause des embouteillages. Quand je suis arrivé, je suis tombé sur Cheikh Seck, le gardien de l’époque, qui m’apprend qu’il a été licencié par sa banque. Et je me dis que les gens sont en mission, comment on peut appeler quelqu’un qui est en mission de Dakar au Caire pour lui dire ta banque t’a licencié pour absentéisme. Alors il fallait que je lui dise quelque chose et c’est sortir comme ça je lui ai dit mais Cheikh estime-toi chanceux, cette banque t’a rendu un grand service. Je lui ai dit tu es en mission Cheikh, les gens de ta banque qui t’ont licencié n’ont rien compris. Je lui ai dit l’hymne national est seulement exécuté pour le Président de la République, les hommes de tenue et les équipes nationales. Ta banque Cheikh regrettera de t’avoir licencié et une fois de retour à Dakar tu trouveras mieux que cette banque. Je ne savais pas si bien dire…»
Laye Diaw est grand sensible qui s’ignore. Un trop plein d’émotions que le journaliste est incapable de maitriser à chaque fois que l’émotion lui étreint la gorge. A son retour à Dakar, Abdoulaye Diaw entre dans une banque et sa surprise est grande. Le journaliste de radio raconte : «Un jour, j’entre dans une banque et c’est Cheikh Seck qui est embauché dans cette banque qui vient m’accueillir, mais j’ai failli m’écrouler quand je l’ai vu, j’ai eu de grosses émotions, j’ai même pleuré quand je suis sorti de la banque…(Il fond en larmes). Je me suis dit Dieu est avec nous, Dieu n’est pas méchant, c’est l’être humain qui est méchant. Parce que quand Cheikh Seck m’a parlé au Caire la mort dans l’âme, il fallait lui dire quelque chose et je lui ai dit que c’est sa chance.»
«Mes meilleurs souvenirs…»

Flash-back. L’histoire de Caire 86 commence avant le rendez-vous continental. Le reporter sportif avec le ton vif qui le caractérise et les talents de rhéteur qui escortent ses envolées lâche cette merveille d’histoire, son plus merveilleux souvenir. L’homme qui ne cache pas qu’il a été marqué par la génération Cheikh Seck et Cie passe aux aveux. Il dit : «Ce match Sénégal-Zimbabwe 3buts à 0 nous l’avons gagné dans l’avion entre Paris et Dakar. A l’époque, j’étais à Paris dans un centre de formation pour journalistes. J’avais aménagé mon programme pour venir assister à ce match retour contre le Zimbabwé, les Lions ayant perdu à l’aller 1-0 à Hararé. Ce match, nous l’avons gagné dans l’avion puisqu’à l’époque vous aviez droit seulement à trois professionnels, les trois professionnels Abdoul Wahab Bâ directeur des sports à l’époque est venu les chercher à Paris Bocandé, Oumar Guèye Sène et Thierno Youm. Les Roger Mendy et autres étaient encore des locaux. J’ai fait comprendre à ces trois dans l’avion qu’ils étaient la génération de la réhabilitation. Nous n’avions pris part à une phase finale de Coupe d’Afrique depuis 1968. Pendant cette période on a raté huit Can. A l’époque nous avions le profil d’un petit cendrillon qui aspirait à entrer dans la cour des Grands. J’ai dit aux joueurs dans l’avion, si vous nous qualifiez, vous allez entrer dans l’histoire et vous serez les soldats de la renaissance.»
Une discussion avec Laye Diaw ne se termine jamais sans anecdote. Le reporter de radio raffole de petites histoires croustillantes qui servent à agrémenter ses envolées épicées façon vieille marmite. Alors ce jour-là, du match retour contre le Zimbabwe, un œil de lynx recommande aux Lions de jouer avec un maillot blanc pour obtenir la victoire. «Les dirigeants ont appris la veille du match que le propriétaire de Marzin Sport avait des maillots blancs. Les dirigeants du foot sénégalais sont même allés à Sandaga pour chercher le maillot, ils ont failli prendre n’importe quel tee-shirt et le temps d’un match et que ça marche. Le propriétaire de Marzin Sport a quitté Rufisque pour venir ouvrir son magasin à deux heures du matin. Maintenant, il fallait floquer les numéros. Demba Sall Niang (ancien dirigeant du foot décédé après le mondial 2002) m’a dit, qu’ils ont quitté l’homme qui floquait les maillots à 4 heures du matin et ils sont revenus à 8 heures pour l’organisation du match. Ndeyssan à la fin du match Demba Sall Niang s’est écroulé, il a pleuré. J’ai compris pourquoi il avait pleuré. Parce que lui et ses pairs avaient réussi là où leurs devanciers avaient échoué.»
L’autre anecdote : «C’est un soir de basketball à Demba Diop, à l’époque la radio finissait ses émissions à 1 heure du matin. Hymne national et rendez-vous dans cinq heures. Je me souviens je suis au stade et il y a coupure de courant et le deuxième match a commencé à l’heure où il aurait dû prendre fin à minuit. Et quand on m’a demandé l’antenne. J’ai dit ceci : «Mesdames les épouses, je vous demande d’être compréhensives aujourd’hui parce que les maris vont rentrer tard. Et ils arriveront à la maison à deux heures du matin. Pas d’histoires pas de bagarre, ils étaient tous là. Je rends l’antenne. Y a un ami qui n’avait pas envie de rentrer chez lui rapidement, il rentre chez lui et sa femme ouvre le garage et lui dit si Laye Diaw n’avait pas dit que le match se terminerait à deux heures du matin je ne t’aurais pas cru. Et le lendemain à 8 heures, au téléphone celui qui est devenu mon ami parce qu’on se connaissait pas me dit «Laye Barké Yalla Ya Meuneu reporter (Rires)».
Enfin les mémoires de Laye Diaw pour bientôt
L’on piaffait d’impatience de voir Laye Diaw, grand monsieur du reportage de radio consigner ses mémoires dans un livre. Eh bien ce sera pour bientôt. Laye Diaw promet de publier deux ouvrages pour se raconter. «J’ai presque terminé le livre et vous savez un livre il faut toujours faire attention. Je dois sortir deux ouvrages, le premier c’est pour les Sénégalais où j’ai retracé le Sénégal des origines à nos jours et le deuxième c’est moi Abdoulaye Diaw, ce que j’ai vécu. Pourquoi un jour j’ai pleuré en étant pas appelé en équipe nationale alors que je venais de faire un très grand match qui m’ouvrait les portes de l’équipe nationale du Sénégal etc» Bien sûr ! Tout le monde est pressé de lire les mémoires de Laye Diaw…Longue vie à Laye et à sa rue…
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