Le monde rural bout. Le concert de casseroles du 31 décembre n’aura été que le prélude d’un malaise plus profond. Depuis le démarrage de la campagne de commercialisation de l’arachide, la colère monte dans les campagnes. Producteurs et acteurs du secteur agricole accusent ouvertement l’État, tenu pour responsable d’une situation qu’ils jugent chaotique.
C’est dans ce climat électrique que le Premier ministre, Ousmane Sonko, est attendu ce lundi à Kaolack. Une visite à haut risque politique. Officiellement, il s’agira d’écouter, de comprendre, d’évaluer l’état d’avancement d’une campagne agricole que nombre d’observateurs qualifient déjà d’échec annoncé. Officieusement, ce déplacement pourrait mettre en lumière des dissonances au sommet de l’exécutif.
Car Ousmane Sonko, sans jamais rompre la ligne institutionnelle, donne souvent l’impression de déconstruire certaines décisions présidentielles, avec une subtilité qui n’échappe ni aux observateurs avertis ni à l’opinion. Une posture en net décalage avec le ton volontariste et optimiste adopté par le président de la République lors de son adresse à la Nation du 31 décembre dernier.
À cette occasion, Bassirou Diomaye Faye s’était livré à un satisfécit assumé sur la situation du monde rural :
« L’année 2025 a également marqué des progrès décisifs dans le champ productif, notamment grâce à la mise à disposition d’équipements appropriés et d’intrants suffisants aux acteurs agricoles. Dans les campagnes, la production céréalière a dépassé 2 500 000 tonnes, tandis que la filière arachidière a retrouvé une dynamique porteuse.
L’industrie a connu un tournant avec la relance de la SONACOS, après deux années d’arrêt, recréant plus de 2 300 emplois directs. Cet effort se poursuivra en 2026, grâce à une dotation de 25 milliards de francs CFA destinée au renouvellement de l’outil de production », avait-il affirmé.
Dès lors, la visite de Kaolack revêt une portée symbolique forte. Ousmane Sonko épousera-t-il le discours présidentiel ou prendra-t-il acte, sans fard, du décalage entre les chiffres officiels et la réalité rugueuse des champs ? La réponse, attendue par un monde rural à bout de patience, pourrait bien lever le voile sur les véritables lignes de force et de fracture au sommet de l’État.










