Son expertise est sans tache, sa connaissance approfondie des ressources pétrolières et gazières en fait un interlocuteur de poids. Dans cet entretien en trois temps, trois questions, Dr Ousmane Cissé, Dg de la Somisen, ingénieur géologue de formation, ancien directeur des mines et de la géologie apporte sa lumière sur le débat agité du pétrole et du gaz.
Dans la répartition des ressources pétrolières et gazières, pouvez-vous nous expliquer comment ça s’est passé pour que le Sénégal se retrouve pour les prévisions de recettes cumulées en 2023 avec environ 51,6 milliards de FCFA ?
Les prévisions de recettes de l’Etat ont été calculées en utilisant le logiciel Fiscal Analysis of Resource Industries (FARI) du fonds monétaire international (FMI). Pour calculer le total des recettes publiques provenant du projet, les intrants du modèle FARI comprennent les paramètres du régime fiscal, les coûts annuels du projet, les volumes de production, les hypothèses économiques (prix, inflation, taux d’intérêt et d’actualisation), ainsi que les hypothèses de financement. Les prévisions de recettes de 51,6 milliards de FCFA pour l’année 2023 ont été faites sur la base des hypothèses d’un taux de change dollars-CFA fixé à 595,6 FCFA, du prix du baril du pétrole à 90$ et de 10% du cour du Brent pour le gaz. Ce montant est une prévision et ne porte pas sur toute l’année 2023, car le premier baril est prévu au deuxième semestre de cette année. Avec les fluctuations des cours du baril de pétrole ce montant pourrait changer. Toutefois, tout surplus de revenus par rapport aux estimations serait placé dans le Fonds de stabilisation. Il est utile de constater que les recettes prévues pour 2024 sont de l’ordre de 327 milliards FCFA pour atteindre 501,24 milliards FCFA en 2025, soit un montant global de 887, 68 milliards FCFA.

Des opposants notamment Ousmane Sonko et Thierno Alassane Sall estiment que cette répartition des ressources pétrolières et gazières est en défaveur du Sénégal, est-ce la vérité des faits ?
La critique est toujours facile ! ils doivent parfaire tout d’abord leur compréhension du cadre contractuel et le régime fiscal des opérations pétrolières et gazières. Sinon, ce serait un débat de sourds. Les contrats pétroliers signés entre l’Etat du Sénégal et les compagnies pétrolières privées sont sous la forme de Contrat de recherche et de partage de production (CRPP). Ce type de contrat, comme son nom l’indique, repose sur le partage de la production, l’Etat conservant toujours la propriété des ressources, contrairement à la forme classique de concession pétrolière et gazière où était propriétaire des ressources et l’Etat ne percevait que des taxes et des redevances. Aussi, le CRPP prévoit la participation de PETROSEN, la société de l’Etat du Sénégal, avec une part d’intérêts indivis de dix pour cent (10%) de la Joint-venture, qu’elle a la possibilité d’augmenter jusqu’à vingt pour cent (20%). Quant à l’Etat du Sénégal, suivant les dispositions de l’article 22 du CRPP, sa quote-part varie entre trente-cinq pour cent (35%) et cinquante-huit pour cent (58%), en fonction de la production journalière en nombre de barils ou équivalent gaz. Les autres sources de revenus pour l’Etat sont constituées des impôts et des taxes. En cas de réalisation de bénéfices, la société PETROSEN versera des dividendes à l’Etat. Ainsi, la part de l’Etat se situerait entre cinquante-cinq pour cent (55%) et soixante-cinq pour cent (65%) des revenus pétroliers et gaziers.
Quelle est aujourd’hui l’ambition du Sénégal dans le domaine des ressources pétrolières et gazières?
Le Sénégal compte poursuivre les activités de promotion du bassin sédimentaire qui dispose d’un potentiel riche en hydrocarbures et attirer plus d’investisseurs. Le développement de l’aval pétrolier et gazier est également une priorité de L’Etat du Sénégal. Il s’agit de mettre en place une chaine de valeur du pétrole et du gaz à fort potentiel de créations d’emplois et de développement de nouvelles opportunités industrielles.