La tragédie du bateau « Le Joola » a 24 ans. Le 26 septembre 2002, le ferry, transportant près de deux milliers de passagers, sombrait au large des côtes gambiennes. Bilan officiel : 1 863 morts et 64 rescapés. L’autre bilan : 1 900 orphelins mineurs, des milliers de familles endeuillées et des rescapés psychologiquement perturbés, une gestion défaillante voire chaotique de l’après-naufrage.
L’après-naufrage est marqué par la prise en charge tardive des orphelins mineurs (pupilles de la Nation), l’absence de justice, le mépris des doléances des associations de victimes et l’érection retardée du mémorial. Un manque de volonté manifeste de l’État pour tenter de tourner définitivement la page du « Joola ». Une tâche impossible.

Mais cette « stratégie » irresponsable de l’État du Sénégal d’étouffer ce drame a eu un impact négatif sur le travail de mémoire qui devait être fait. Ce qui donne aujourd’hui l’impression que la commémoration de ce drame, qui nous a arrachés près de 2 000 compatriotes et d’autres nationalités amies du Sénégal, n’est plus importante. Or, le naufrage du « Joola » est un repère douloureux pour notre jeune État, mais essentiel pour la marche vers le progrès de notre si chère Nation. Malheureusement, l’autorité a ignoré le sens et le déclic qui devait nous propulser vers l’avant n’a pas eu lieu.
Les mêmes habitudes, ayant conduit à ce naufrage, ont repris depuis belle lurette, les artistes tiennent des concerts à la date du 26 septembre et dansent sur la mémoire et le jour de la commémoration, les hommes politiques font des promesses sans lendemain aux familles de victimes. Un naufrage de la mémoire qui ravive la douleur et expose notre pays à d’autres drames évitables. Hélas !
Papa Moctar SELANE
Auteur du film documentaire « Le Joola, l’ancre du souvenir » (septembre 2011)









