Par Mbaye Diouf, ancien Conseiller à la Présidence de la République
Il aura fallu près de deux ans au Président Bassirou Diomaye Faye pour amorcer une véritable dynamique d’ouverture, marquant une prise de distance mesurée avec les cercles de sa première heure.
Cette évolution semble traduire une volonté croissante d’inscrire son action dans une gouvernance plus inclusive, plus pragmatique et davantage ancrée dans l’expertise que dans la seule proximité politique.
Depuis quelques semaines, le Chef de l’État multiplie les audiences au Palais, accueillant des personnalités dont l’expérience dans la conduite des politiques publiques est incontestable. La réception du technocrate Mouhamadou Makhtar Cissé, d’Aminata Niane, ancienne Directrice générale de l’APIX, du Professeur Ahmadou Aly Mbaye, ancien Recteur de l’UCAD, ou encore de Thiaba Camara Sy, experte comptable et fondatrice de Women Capital Investment et Mme Evelyne Tall, banquière de renommée internationale, illustre une orientation résolue vers une gouvernance fondée sur le savoir, le vécu institutionnel et la diversité des compétences.
La rencontre avec le groupe des Ambassadeurs de la paix peut s’inscrire dans cette même logique qui témoigne d’un intérêt renouvelé pour les acteurs engagés dans la consolidation du dialogue national et de la cohésion sociale.
Ces initiatives méritent d’être saluées. Mais, elles appellent cependant à être approfondies et systématisées.
Il serait opportun d’élargir les cadres de concertation à d’autres forces vives de la Nation : le Club des Investisseurs Sénégalais, les anciens Premiers ministres, les patrons de presse (dont certains attendent une audience depuis plus d’un an), ont tous leur place dans ce dialogue renouvelé. Le secteur culturel, qui est un pilier du rayonnement international du Sénégal, ne saurait être tenu à l’écart.
Des figures emblématiques comme Youssou Ndour, Ismaël Lô, Omar Pène ou Baaba Maal, pour ne citer que des musiciens, ne sont pas seulement des ambassadeurs de la culture sénégalaise : ce sont des voix influentes, capables de nourrir la réflexion sur les grandes problématiques nationales et de contribuer à des sorties de crise. Il en est de même pour certains acteurs du monde sportif.
À moins de huit mois des élections locales, le dialogue avec l’Association des Maires du Sénégal s’impose par ailleurs comme une nécessité stratégique.
Leur connaissance fine des réalités territoriales est un atout inestimable pour une gouvernance de proximité efficace et légitime.
Le pays dispose également d’un vivier de compétences trop peu mobilisées : des personnalités ayant exercé de hautes responsabilités au sein du système des Nations Unies, ainsi que des scientifiques de premier plan, à l’image de certains membres de l’Académie des Sciences, dont l’apport à l’élaboration de politiques publiques fondées sur la connaissance et l’innovation serait déterminant.
Dans cette architecture de concertation, le Pr Mary Tew Niane, Directeur de cabinet du Président de la République, pourrait naturellement jouer le rôle d’interface entre l’Exécutif et ces différents pôles d’expertise.
Il convient enfin de mentionner des initiatives comme la création du CELMAD par le Dr Fodé Ndiaye, ancien coordonnateur du système des Nations Unies au Rwanda, qui rappellent l’urgence de renforcer le leadership et le management sur le continent africain, tout en offrant de nouvelles opportunités de synergies nationales.
Au total, l’ouverture à ces diverses compétences contribuerait à consolider une gouvernance inclusive, fondée sur la concertation, la concorde nationale et la paix sociale. La récente rencontre du Chef de l’État avec les leaders syndicaux, même si elle relève d’une tradition républicaine, en offre une illustration éloquente : le dialogue permanent entre les détenteurs de l’autorité politique et les acteurs économiques et sociaux n’est pas un luxe : c’est une condition de la gouvernance inclusive et pérenne.









