Par Cheikh Mbacké Séne, un citoyen désespéré
Les années passent. Et chaque hivernage est plus désespérant que le précédent.
Nous ne comptons plus les saisons, nous comptons les noyades, les maisons effondrées, les matelas flottant dans des eaux noires et nauséabondes. Et le plus insupportable, ce n’est même plus l’inondation elle-même, c’est notre résignation.
Les gens s’extasient devant le phénomène avec une douleur désormais banalisée, normalisée. On filme les eaux avec son téléphone, on commente « c’est dur dé », on partage la vidéo et on attend que l’eau se retire, comme on attendrait la fin d’une pluie. Le malheur est devenu folklore.
On regarde désespérément du côté de l’État. Sans espoir, d’ailleurs. Juste par réflexe. Parce qu’on ne sait plus vers qui se tourner. Et que nous propose-t-on ? Des visites ministérielles en bottes blanches, des promesses recyclées depuis dix ans, des milliards annoncés pour un Plan décennal qui n’a jamais vu le jour que sur papier. Rien de convaincant. Rien de sérieux. Une incompétence crasse drapée dans une communication creuse.
Et le pire, le crime originel, est là sous nos yeux : nos cités, nos quartiers poussent comme des champignons. On lotit, on vend, on construit à perte de vue sans la moindre norme de viabilisation. Pas un caniveau, pas un bassin de rétention, pas un réseau d’assainissement. On vend du rêve sur du marécage. On parie sur l’ignorance des pauvres.
Alors oui, les Sénégalais meurent à petit feu. Pas sous les balles, mais sous les eaux. Dans l’indifférence générale et au grand dam du manque de conscience de nos autorités.
Jusqu’à quand ?









