Par Babou Biram FAYE
Bissau – Le Sénégal entend franchir une nouvelle étape dans le financement durable de la conservation de sa biodiversité. Prenant part à la 16ᵉ Assemblée générale du Consortium africain des Fonds pour l’Environnement (CAFE), qui se tient à Bissau, le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Aliou Gori Diouf, a présenté les avancées enregistrées dans la création du Fonds fiduciaire pour la conservation de la biodiversité du Sénégal (FFCB-SN).
Cette initiative s’inscrit dans la vision portée par Sénégal 2050, qui place la biodiversité au cœur du modèle de développement national. Avec près de 26 % de son territoire sous statut de protection, comprenant notamment six parcs nationaux, six réserves naturelles et quinze aires marines protégées communautaires, le Sénégal dispose d’un important patrimoine naturel dont la préservation constitue également un enjeu économique et social.
Pour le ministre, l’un des principaux défis demeure, toutefois, la fragilité du financement de la conservation. Les programmes reposent encore largement sur des financements ponctuels et des cycles de projets de trois à cinq ans, avec le risque de voir certains acquis s’éroder à la fin des projets.
«Le défi n’est plus seulement de mobiliser plus, il est de mobiliser autrement et mieux», a souligné Dr Aliou Gori Diouf, plaidant pour une diversification des sources de financement, une réduction de la dépendance aux financements de court terme et la sécurisation de ressources prévisibles sur le long terme.
Un instrument stratégique pour la conservation
C’est dans cette perspective que le Sénégal, avec l’appui de ses partenaires, travaille à la création du FFCB-SN.
Le futur mécanisme devra, notamment, permettre de mobiliser des capitaux, à long terme, à travers une dotation initiale, des mécanismes de compensation environnementale, des redevances ou encore des contributions du secteur privé.
Il devrait, également, contribuer au financement stable et transparent des parcs, réserves et aires marines protégées, y compris les futures aires marines protégées hauturières. Sa gouvernance devra répondre aux standards internationaux, avec notamment un Conseil d’administration indépendant et une gestion fiduciaire rigoureuse.
Selon le ministre, les études de faisabilité sont déjà avancées avec l’appui de Wetlands International, de la Fondation Hans Wilsdorf et de l’Agence française de développement (AFD). Le Sénégal s’est fixé septembre 2027 comme horizon pour que la forme institutionnelle du Fonds soit en place.
Le pays étudie, par ailleurs, la possibilité de mobiliser 5 millions de dollars via les fonds du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), en collaboration avec la Banque mondiale, afin d’entamer le processus des premières capitalisations.
Rendez-vous à Dakar en mars 2027
Le Sénégal entend également profiter du prochain Congrès des Aires marines protégées (IMPAC6) pour donner davantage de visibilité à cette initiative. Le pays accueillera cette rencontre du 22 au 27 mars prochains, avec un événement consacré au partage des principaux livrables du processus de création du FFCB-SN.
À Bissau, Dr Aliou Gori Diouf a, ainsi, lancé un appel aux partenaires techniques et financiers afin qu’ils accompagnent le Sénégal dans les prochaines étapes : structuration juridique et gouvernance, élaboration du business plan, levée de fonds initiale et mise en conformité avec les standards internationaux.
«Faites du Fonds du Sénégal votre prochain succès collectif», a lancé le ministre, invitant les partenaires à accompagner le pays dans cette démarche et souhaitant que Dakar puisse devenir, à la prochaine Assemblée générale, le nouveau membre opérationnel du Consortium.
Vers un financement transfrontalier de la conservation
Au-delà de la création du Fonds, le ministre a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération environnementale entre les pays de la région. Le Sénégal et la Guinée-Bissau partagent les mêmes mangroves, les mêmes oiseaux migrateurs, les mêmes bancs de poissons et des communautés ayant des règles traditionnelles de conservation communes.
Pour Dr Aliou Gori Diouf, cette proximité constitue déjà le socle d’une conservation transfrontalière de fait. L’enjeu est désormais de lui associer un financement lui aussi transfrontalier, solidaire et durable.
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