Ils sont devenus les nouvelles coqueluches d’une partie des médias. Pas un jour ne s’écoule sans qu’un site d’information, une radio, une télévision ou une page Facebook ne transforme la démission d’un militant de Pastef en « événement politique ».
À croire que chaque départ annonce un séisme. En réalité, la montagne accouche bien souvent d’une souris.
La plupart de ces démissionnaires étaient des inconnus hier. Ils le seraient probablement encore aujourd’hui si leur départ n’était pas présenté comme une information majeure. Leur véritable capital politique ne réside ni dans leur parcours, ni dans leur représentativité, mais dans le bruit qu’ils parviennent à susciter autour de leur départ.
Il faut pourtant se méfier des tonneaux vides : ce sont eux qui font le plus de bruit.
Dans bien des cas, la démission ressemble moins à un acte de conviction qu’à une opération de communication. On quitte avec fracas pour exister médiatiquement. On multiplie les déclarations, on enchaîne les interviews, on occupe les plateaux, dans l’espoir que cette soudaine visibilité finisse par attirer l’attention de ceux qui distribuent les responsabilités.
L’objectif est transparent : transformer une rupture politique en investissement personnel.
Les médias devraient s’interroger sur leur propre responsabilité. En offrant une caisse de résonance disproportionnée à ces départs, ils fabriquent parfois une importance que les faits ne justifient pas. L’information ne consiste pas seulement à rapporter un événement ; elle suppose aussi d’en mesurer la portée réelle. Toutes les démissions ne constituent pas un tournant politique.
Le Sénégal a toujours connu cette catégorie d’acteurs que les alternances ne dérangent jamais. Leur seule idéologie est celle du pouvoir. Hier, ils célébraient Macky Sall avec une ferveur inépuisable ; aujourd’hui, ils rivalisent d’ardeur pour chanter les louanges du président Bassirou Diomaye Faye. Si demain le vent tourne, ils changeront encore de cap avec la même facilité.
Ils ne changent pas de convictions ; ils changent simplement de camp.
Le président Diomaye aurait tort de confondre ces ralliements spectaculaires avec un soutien sincère. Les convertis de la vingt-cinquième heure sont souvent les premiers à quitter le navire lorsque soufflent les vents contraires. L’histoire politique sénégalaise regorge de ces spécialistes du recyclage, dont la fidélité ne dure jamais plus longtemps que l’exercice du pouvoir.
Le vacarme médiatique ne doit jamais tenir lieu de légitimité politique. Car, en politique comme ailleurs, le bruit impressionne parfois… mais il ne remplace ni la crédibilité, ni les convictions.










