C’est dans l’écrin feutré du West African Research Center que s’est tenue, ce mercredi 21 octobre 2026, la présentation et la séance de dédicace de l’ouvrage Penda Mbow. Une intellectuelle engagée, coécrit par le Dr Saliou Ngom (IFAN) et la Pr Fabienne Samson (IRD), et publié aux éditions Présence Africaine – maison dont la revue fondée par Alioune Diop fut, selon les mots mêmes de Penda Mbow, ce qui l’avait ramenée au Sénégal pour y enseigner. Alioune Diop disait que son peuple avait besoin de nourriture, et que ceux partis chercher la connaissance devaient revenir la nourrir. C’est cette exigence que la revue incarnait, et c’est elle qui avait guidé le retour de Penda Mbow.
La couverture du livre elle-même méritait qu’on s’y attarde : elle reproduit un tableau signé Bénédicte de la Roncière, dont la présence fut saluée et à qui un hommage sincère fut rendu au cours de la soirée.
La préface, signée Boubacar Boris Diop, et le titre de l’ouvrage – Penda Mbow. Une intellectuelle engagée – annoncent d’emblée la densité d’un parcours que le livre s’emploie à restituer sans le figer.
_Prenant la parole en premier, la Pr Fabienne Samson revint sur les conditions de naissance de l’ouvrage. C’est le 11 juillet 2023 qu’en germa l’idée, issue d’un questionnement sincère auquel Penda Mbow accepta de répondre. S’ensuivit un travail de longue haleine, trois années au total, articulé autour de sept entretiens de quatre à cinq heures chacun, soigneusement retranscrits. La professeure Samson tint à remercier chaleureusement Penda Mbow, dont la thèse sur les Moustarchidine avait jadis guidé ses propres recherches. Elle rappela également que publier chez Présence Africaine constituait, pour les deux auteurs, une évidence et une nécessité.
Le Dr Saliou Ngom prit ensuite la parole avec la franchise désarmante de celui qui sait que l’honnêteté est la première courtoisie que l’on doit à son sujet. Il n’omit pas l’anecdote : dans un premier jet, les remerciements à Penda Mbow avaient tout simplement été oubliés. Cette confidence, accueillie dans la bonne humeur, illustrait bien l’esprit de la rencontre, une proximité humaine qui n’ôtait rien à la rigueur intellectuelle.
Ngom évoqua ce qui l’avait animé dès l’origine : le désir de faire quelque chose de simple, nourri par le souvenir vivace de l’effervescence culturelle des années 1980 au Sénégal. L’objet s’est finalement enrichi, et c’est l’histoire d’une femme, son parcours féministe, ses engagements, ses renoncements qui s’est imposée comme fil conducteur. La difficulté la plus grande, confia-t-il, fut de retravailler les entretiens : les désaccords entre auteurs sur certains sujets exigèrent un arbitrage délicat, preuve que la pensée de Penda Mbow ne se laisse pas aisément domestiquer.
Le livre s’articule en trois grandes parties, chacune précédée d’une introduction rédigée par les auteurs, Penda Mbow leur ayant accordé une liberté totale dans la mise en forme.
La première partie retrace la trajectoire intellectuelle et politique de Penda Mbow, inscrite dans le Sénégal de son époque, ses transformations, ses tensions, ses espoirs déçus ou accomplis. Ngom précisa qu’il avait notamment voulu approfondir la question du roukou bou sew, ce concept dont la richesse méritait d’être éclairée.
La deuxième partie est consacrée à l’identité féministe de Penda Mbow : une femme qui assume pleinement cette identité et qui, loin de la réduire à une posture, en accueille la diversité et les contradictions constitutives.
La troisième partie aborde son parcours politique, non celui d’une militante de parti, position qu’elle a toujours refusée mais celui d’une intellectuelle dont l’engagement éclaire, en creux, les mécanismes de la domination politique masculine au Sénégal.
La rencontre ne s’est pas limitée à la présentation académique de l’ouvrage. Elle a laissé place à de nombreux témoignages, émouvants et précis, de personnes que Penda Mbow a accompagnées, soutenues, orientées ; des proches, des collègues, des étudiants dont la trajectoire porte l’empreinte de sa générosité intellectuelle et humaine.
C’est dans cet élan que l’on mesure ce que signifie être engagée : non l’affichage d’une posture, mais la constance d’une présence.
J’avais, quelques semaines plus tôt, assisté à la présentation de Les 100 Premières, rencontre consacrée elle aussi à des femmes d’exception. Entre ces deux soirées, une différence s’est imposée à moi avec une clarté que je ne saurais taire : ici, les femmes n’étaient pas figurantes. Elles n’ornaient pas la scène, elles en étaient la lumière. La Pr Penda Mbow l’incarnait avec une évidence tranquille, celle des êtres qui n’ont plus à prouver, parce qu’ils ont depuis longtemps choisi de construire.










