Par Babou Biram FAYE
La visite de pré-Magal du président Bassirou Diomaye Faye à Touba dépasse largement le cadre d’une tradition républicaine. Elle constitue un acte politique majeur où se croisent spiritualité, gouvernance et aménagement du territoire.
En annonçant l’accélération d’un programme d’assainissement de 60 milliards de FCFA, tout en réaffirmant les investissements dans l’hydraulique, le chef de l’État envoie un message clair : les grands événements religieux ne doivent plus être gérés dans l’urgence, mais intégrés dans une véritable politique publique de développement.
Touba n’est plus seulement une cité religieuse. Elle est devenue l’une des plus importantes agglomérations du Sénégal, avec une croissance démographique soutenue, des défis urbains considérables et une attractivité économique qui dépasse largement les périodes du Grand Magal. Cette réalité impose à l’État une approche nouvelle, fondée sur l’anticipation plutôt que sur la réaction.
L’eau, l’assainissement, les voiries ou encore la gestion des eaux pluviales ne constituent pas uniquement des réponses techniques. Ils sont désormais des indicateurs de la capacité de l’État à garantir un développement équilibré et à assurer des services publics adaptés aux besoins des populations.
Le choix du président Bassirou Diomaye Faye d’inscrire ces investissements dans la durée traduit une volonté de dépasser la logique des interventions ponctuelles. Il s’agit de construire une relation plus structurée entre l’État et les grands pôles religieux, en faisant des infrastructures un levier de cohésion nationale autant qu’un facteur de développement économique.
Le discours tenu par Serigne Bassirou Abdou Khadre Mbacké, porte-parole du khalife général des mourides, mérite, également, une attention particulière. En saluant les efforts engagés tout en appelant à étendre cette dynamique aux autres foyers religieux du pays, il rappelle une exigence fondamentale de l’action publique : l’équité territoriale. La reconnaissance des spécificités de Touba ne saurait occulter les attentes légitimes des autres cités religieuses, qui aspirent elles aussi à des infrastructures modernes et à des investissements durables.
Cette séquence illustre une conception renouvelée des rapports entre l’État et les autorités religieuses. Chacun demeure dans son rôle : l’État investit, planifie et réalise ; les guides religieux accompagnent, conseillent et contribuent à la stabilité sociale. Ce dialogue permanent participe à la consolidation de la paix civile, un capital précieux dans un contexte régional marqué par de nombreuses turbulences.
Le Grand Magal apparaît ainsi comme bien plus qu’un rendez-vous spirituel. Il devient un révélateur de la capacité des pouvoirs publics à planifier, coordonner et mobiliser les ressources nécessaires pour répondre aux défis d’une ville en pleine expansion. La gouvernance ne se mesure plus seulement à l’annonce des projets, mais à leur exécution, à leur impact concret et à leur inscription dans une vision de long terme.
Au fond, la véritable réussite de cette visite ne se jugera ni aux discours ni aux promesses. Elle se mesurera à la transformation durable des conditions de vie des populations de Touba et, plus largement, à la capacité de l’État à faire de chaque investissement public un instrument de justice territoriale, de cohésion nationale et de développement partagé.
C’est sans doute là le véritable défi de la gouvernance : faire en sorte que les grands symboles de la République produisent, partout sur le territoire, des résultats tangibles au bénéfice des citoyens.
Babou Biram Faye (BBF)










