Il y a des discours qui accompagnent un événement. Et il y a ceux qui annoncent un changement de cap.
À la tribune de la cérémonie officielle du Grand Magal de Touba, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Makhtar Cissé, a livré bien davantage qu’une communication sur le dispositif sécuritaire de l’événement. Son intervention traduit une orientation claire de l’action publique : l’État entend désormais privilégier les résultats concrets plutôt que l’accumulation des constats. En d’autres termes, le temps des diagnostics est révolu ; l’heure de l’action a sonné.
Ce discours de Makhtar Cissé prolonge le message de paix du Président Bassirou Diomaye Faye et esquisse le retour de l’autorité de l’État
Son message n’est pas anodin. Il intervient dans un contexte où les Sénégalais attendent moins de commentaires sur les difficultés que des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes.
Pendant des années, le Sénégal a excellé dans un exercice devenu presque une spécialité nationale : diagnostiquer les problèmes. À chaque crise, une commission. À chaque drame, un rapport. À chaque désordre, un séminaire. À chaque incivilité, une promesse de réforme.
Les diagnostics s’empilent. Les citoyens, eux, attendent toujours les résultats.
Pourtant, le pays ne souffre pas d’un déficit d’analyses. Les causes de l’insécurité, de l’anarchie dans l’occupation de l’espace public, des incivilités et de l’indiscipline collective sont connues depuis longtemps. Le véritable défi réside, désormais, dans la capacité à transformer ces analyses en décisions courageuses, en politiques publiques efficaces et en actions visibles sur le terrain.
C’est, précisément, la rupture que semble annoncer Makhtar Cissé. Son discours rappelle une évidence souvent oubliée : l’autorité de l’État ne se proclame pas ; elle s’exerce. Une République qui hésite à faire respecter ses propres lois fragilise sa crédibilité et ouvre la voie aux dérives qui finissent par banaliser l’indiscipline et affaiblir le pacte républicain.
La sécurité des personnes et des biens, le respect des règles, la discipline dans les espaces publics et la préservation de l’ordre ne constituent pas des objectifs secondaires. Ils sont les fondements mêmes d’une nation qui aspire à la stabilité, à l’émergence et à la confiance.
Le Grand Magal de Touba en apporte, chaque année, une démonstration éloquente. Des millions de fidèles convergent vers la ville sainte dans une organisation remarquable où se conjuguent l’engagement des autorités religieuses, la mobilisation des forces de défense et de sécurité, l’action des services de l’État et le civisme des populations. Cette expérience prouve qu’une coordination efficace et une autorité assumée permettent de relever les défis les plus complexes.
Mais, la portée du discours dépasse la seule question sécuritaire. Il vient corroborer le message de paix que le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, place au cœur de son action publique. Car la paix n’est pas simplement une ambition politique ; elle est la condition première de toute vie harmonieuse.
Sans paix, il n’y a pas de confiance. Sans paix, il n’y a pas d’investissement. Sans paix, il n’y a pas de développement.
Plus profondément encore, sans paix, il ne peut y avoir ni foi pleinement vécue, ni prière accomplie dans la sérénité, ni rassemblement religieux dans le recueillement. L’ordre, la discipline et la sécurité ne sont donc pas des contraintes opposées aux libertés ; ils en sont les garants. Ils permettent à chacun de pratiquer sa foi, d’exercer ses droits et de vivre dans la dignité.
C’est pourquoi, le discours de Makhtar Cissé revêt une dimension éminemment politique. Il affirme que la sécurité n’est pas seulement l’affaire des forces de défense et de sécurité ; elle est un véritable projet de société. Elle constitue le socle sur lequel reposent les libertés publiques, la cohésion nationale et le développement économique.
Le changement de méthode est désormais clairement assumé : moins de discours, davantage d’exécution ; moins de complaisance envers les comportements qui fragilisent l’autorité publique, davantage de fermeté dans l’application impartiale des lois. Il ne s’agit pas de réprimer pour réprimer, mais de restaurer un ordre juste, protecteur et respectueux des droits de chacun.
Le temps est venu de rompre avec une indulgence qui a parfois laissé prospérer les incivilités, les occupations anarchiques, les violences urbaines et les atteintes répétées à l’autorité de la puissance publique. Dans une République digne de ce nom, la loi ne peut varier selon les circonstances, les appartenances ou les rapports de force. Elle doit être la même pour tous.
Le Grand Magal 2026 aura ainsi offert bien plus qu’une célébration religieuse. Il aura servi de tribune à une doctrine de gouvernement : restaurer l’autorité sans renoncer à l’État de droit, garantir la paix sans sacrifier les libertés, faire respecter les règles sans perdre de vue la dignité humaine.
Les Sénégalais n’attendent plus que l’on décrive les problèmes. Ils veulent désormais que l’on les résolve. Si les engagements exprimés à Touba se traduisent en actes, alors le Magal 2026 pourrait entrer dans l’histoire non seulement comme un grand rendez-vous spirituel, mais aussi comme le moment où l’État sénégalais a décidé de passer définitivement de la culture du diagnostic à la doctrine de l’action.
Babou Biram FAYE










