Le bras de fer est désormais ouvert au sommet de l’État. Autour de la réforme des articles L29 et L30 du Code électoral, le climat politique sénégalais franchit un nouveau palier de tension. Selon Les Échos, l’Assemblée nationale a enclenché une offensive assumée, accélérant le processus législatif dans un dossier qui met directement à l’épreuve l’autorité du président Bassirou Diomaye Faye.
Derrière cette dynamique, une proposition de loi portée par la majorité parlementaire issue de Pastef. Dans les faits, beaucoup y voient une tentative claire de réhabiliter l’éligibilité d’Ousmane Sonko, écarté de la course électorale après sa condamnation pour diffamation face à Mame Mbaye Niang. Une exclusion que ses partisans continuent de dénoncer comme profondément politique.
La mécanique parlementaire est lancée, et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Sous la conduite du président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, le bureau a validé la recevabilité de la proposition dite « Ayib Daffé », ouvrant officiellement la voie à son examen.
Le message est limpide : malgré les critiques et les soupçons de « loi sur mesure », la majorité entend aller jusqu’au bout, forte de son poids politique et de sa maîtrise du calendrier législatif.
Dans ce rapport de force, le rôle du chef de l’État apparaît singulièrement limité. Certes, le texte lui sera transmis pour avis. Mais ce pouvoir reste encadré, presque symbolique.
Bassirou Diomaye Faye dispose de dix jours pour se prononcer. Passé ce délai, son silence vaudra validation tacite. Et même en cas d’opposition formelle, rien ne permettrait de bloquer l’avancée du texte. Une réalité institutionnelle qui réduit considérablement sa marge de manœuvre.
Le point le plus sensible réside ailleurs : dans la question de la promulgation. Selon Les Échos, un scénario inédit se dessine. Si le président refuse de signer la loi et qu’aucun recours n’est introduit devant le Conseil constitutionnel, le président de l’Assemblée nationale pourrait lui-même procéder à sa promulgation.
Un tournant lourd de conséquences. Car derrière cette hypothèse, c’est toute la lecture de l’équilibre des pouvoirs qui vacille. Face à une majorité disciplinée et déterminée, le pouvoir présidentiel montre ses limites.
La séquence en cours envoie un signal fort : au Sénégal, dans certaines configurations politiques, le centre de gravité du pouvoir peut basculer vers le Parlement.
Et comme le résume sans détour Les Échos : «Le président de la République, si puissant soit-il, ne peut rien contre une majorité parlementaire.»










