Par Babou Biram FAYE
Au-delà de l’hommage à un ancien chef d’État, le Président Bassirou Diomaye Faye a livré, jeudi au Grand Théâtre National Doudou Ndiaye Rose, une véritable leçon de République en célébrant l’héritage politique, intellectuel et démocratique d’Abdoulaye Wade. Un discours de mémoire, mais, aussi, un message adressé à la classe politique et à la jeunesse sénégalaise.
Il est des hommes dont la vie épouse l’histoire de leur pays. Abdoulaye Wade est de ceux-là.
En présidant la cérémonie marquant le centenaire de l’ancien Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye n’a pas, simplement, rendu hommage à un prédécesseur. Il a consacré une figure qui, selon ses propres mots, appartient désormais «au patrimoine de la Nation».
Le choix des mots n’est pas anodin. Dans un Sénégal souvent traversé par les passions politiques et les divisions partisanes, le Chef de l’État a voulu placer Abdoulaye Wade au-dessus des appartenances politiques, dans cet espace rare où se rencontrent la mémoire nationale et l’histoire républicaine.
L’homme qui a traversé un siècle
Né en 1926, Abdoulaye Wade est le témoin vivant de toutes les grandes mutations du Sénégal moderne.
De l’époque coloniale à l’indépendance, des premières décennies de la République aux alternances démocratiques, son parcours épouse les grandes étapes de la construction nationale.
C’est précisément cette dimension historique que Bassirou Diomaye Faye a voulu mettre en lumière.
En retraçant le destin de celui qui fut, successivement, universitaire, avocat, opposant historique, puis, Président de la République, le Chef de l’État a dressé le portrait d’un homme dont l’existence dépasse, désormais, la seule trajectoire politique.
À travers Wade, c’est tout un siècle sénégalais qui était convoqué au Grand Théâtre.
La victoire de la persévérance
Mais, le cœur du message présidentiel résidait ailleurs.
À plusieurs reprises, Diomaye Faye est revenu sur ce qui constitue, probablement, la plus grande leçon politique léguée par Abdoulaye Wade : la patience.
Pendant plus de vingt-cinq ans, Wade a défié les pronostics, accumulé les défaites électorales et affronté les désillusions sans jamais renoncer à son ambition de conquérir, démocratiquement, le pouvoir.
Dans une époque dominée par l’instantanéité et la culture du résultat immédiat, le Président de la République a présenté cette persévérance comme une vertu cardinale.
Le message est clair : les grandes conquêtes politiques et sociales exigent du temps, de la constance et de la résilience.
L’histoire de Wade devient ainsi une leçon adressée à toute une génération.
L’alternance de 2000 : l’héritage le plus précieux
S’il fallait retenir un moment fondateur de l’histoire contemporaine du Sénégal, le discours présidentiel désigne, sans ambiguïté, l’alternance du 19 mars 2000.
Bassirou Diomaye Faye a rappelé, avec force, que cet événement ne fut pas, seulement, la victoire d’Abdoulaye Wade.
Il fut, également, la grandeur d’Abdou Diouf.
En acceptant le verdict des urnes et en transmettant, pacifiquement, le pouvoir à son adversaire, le deuxième Président du Sénégal a permis l’écriture d’une page exceptionnelle dans l’histoire démocratique africaine.
Cette reconnaissance simultanée de Wade et de Diouf constitue l’un des passages les plus remarquables du discours.
Elle traduit une volonté assumée de réconcilier les mémoires politiques et de rappeler que les institutions sont plus grandes que les hommes.
Dans le contexte politique actuel, cette référence sonne, également,.comme un appel à préserver les acquis démocratiques du Sénégal.
L’intellectuel derrière le politique
Le Président Diomaye a également tenu à rappeler une dimension,.parfois, éclipsée par les combats politiques : celle du savant.
Titulaire de plusieurs diplômes supérieurs, professeur de droit et économiste reconnu, Abdoulaye Wade appartient à cette génération d’intellectuels africains qui ont placé le savoir au cœur du projet d’émancipation du continent.
Cette évocation n’est pas fortuite. Elle intervient à un moment où les défis du développement exigent plus que jamais compétence, expertise et vision stratégique.
En célébrant l’intellectuel, Diomaye Faye rappelle, implicitement, que la politique doit rester au service de la réflexion et de l’intérêt général.
Un discours tourné vers l’avenir
Loin de se limiter à un exercice commémoratif, cette célébration du centenaire d’Abdoulaye Wade apparaît, finalement, comme un discours sur l’avenir du Sénégal.
À travers l’ancien Président, Bassirou Diomaye Faye a exalté des valeurs qu’il souhaite voir perdurer : le respect des institutions, la culture démocratique, le dialogue politique, la persévérance dans l’effort et la confiance dans le savoir.
Le véritable hommage n’était donc pas, seulement, destiné à l’homme de cent ans. Il s’adressait aussi aux générations qui auront la responsabilité d’écrire le prochain siècle sénégalais.
La République reconnaissante
Au terme de cette cérémonie empreinte d’émotion, une évidence s’impose. Qu’on ait été partisan ou adversaire d’Abdoulaye Wade, son empreinte sur l’histoire du Sénégal demeure incontestable.
Peu de dirigeants auront autant marqué leur époque.
Peu d’opposants auront fait preuve d’une telle endurance.
Peu d’hommes politiques auront traversé autant de générations tout en restant au centre du débat national.
En célébrant son centenaire, le Sénégal n’a pas seulement honoré un ancien Président.
Il a salué l’un de ses bâtisseurs.
Et dans les mots choisis par Bassirou Diomaye Faye résonnait cette conviction profonde : certaines vies, par leur densité et leur impact, finissent par appartenir à tous.
Abdoulaye Wade est, désormais, de celles-là.
Cent ans après sa naissance, l’homme continue d’habiter l’histoire. Et l’histoire, à son tour, lui rend hommage.
Longue vie à toi Maam !
BBF









