Monsieur le Premier ministre,
Avec le respect dû à votre fonction, je me permets d’attirer votre attention sur une pratique qui mérite réflexion ; la multiplication des déplacements institutionnels à Touba de certains ministres, directeurs généraux et responsables d’agences publiques, souvent accompagnés de délégations importantes et de dispositifs qui interrogent sur la pertinence et la sobriété attendues de l’action publique.
Le Magal est un événement d’une dimension spirituelle et nationale exceptionnelle, qui concerne toutes les composantes de la République et mérite, à ce titre, le respect de toutes les institutions. Mais le respect n’a pas besoin de s’exprimer dans la démesure.
Nous assistons à des déploiements où des responsables publics arrivent avec des délégations pléthoriques, des cortèges de communication, des crépitements de flashs et même des troubadours rivalisant d’ardeur devant le Khalife général. Une mise en scène qui, au-delà de la symbolique, détourne l’attention de l’essentiel et expose davantage l’ambition de certains à occuper la une des journaux qu’une réelle nécessité administrative.
Qu’un ministre se rende à Touba pour présenter s’enquérir d’une situation relevant de son département peut parfaitement se comprendre. Mais est-il réellement nécessaire que chaque directeur général d’agence, chaque responsable d’entité publique et leurs équipes se déplacent avec autant d’apparat ? L’État dispose déjà de services déconcentrés compétents, présents sur le territoire et capables d’assurer efficacement cette mission de proximité.
Les directions régionales et départementales du Commerce, de l’Élevage, de l’Énergie, de l’Eau, de l’Assainissement, de l’Intérieur et d’autres secteurs disposent des ressources humaines nécessaires pour recueillir les informations, coordonner les interventions et rendre compte aux autorités compétentes.
Quelle portée accordons-nous encore aux CRD et aux CDD si chaque administration doit systématiquement se déplacer en masse pour constater des réalités locales que ses propres structures territoriales ont vocation à gérer ?
Chacun demeure libre de rendre visite au Khalife général à titre personnel , dans le respect des traditions. Mais il est essentiel de préserver ce haut lieu spirituel des sollicitations excessives, des démonstrations protocolaires et des visites motivées davantage par la visibilité médiatique que par l’intérêt général.
Monsieur le Premier ministre, la grandeur de l’État ne se mesure pas au nombre de véhicules qui se déplacent, au volume des délégations ou au bruit qui accompagne une visite, mais à la qualité des politiques publiques, à la rigueur dans la gestion des ressources et à la capacité de ses institutions à agir avec efficacité et discrétion.
Le Khalife doit être préservé de toute agitation inutile. Il appartient donc à l’État de trouver le juste équilibre , sobriété administrative et exigence de responsabilité publique.
Dans l’espoir que cette réflexion contribue au renforcement d’une action publique plus sobre et plus efficace, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma considération distinguée.
Citoyenne Codou Aïcha Faye.









