Pape Thiaw n’est plus le sélectionneur national du Sénégal. Réuni samedi, le Comité exécutif de la Fédération sénégalaise de football (FSF) a décidé de mettre un terme à sa mission, chargeant son président, Abdoulaye Fall, de lui notifier officiellement cette décision. Le technicien de 45 ans paie l’élimination prématurée des Lions de la Teranga à la Coupe du monde, stoppés dès les seizièmes de finale. Son départ ne sera toutefois pas sans contrepartie : conformément aux clauses de son contrat, il devrait percevoir une indemnité de licenciement de 240 millions de francs CFA, soit l’équivalent de huit mois de salaire.
Cette indemnité est l’une des nombreuses dispositions d’un contrat dont la signature a donné lieu à de longues négociations et à plusieurs rebondissements. Dans un entretien accordé à L’Observateur ce lundi, le président de la Commission Communication de la FSF, Bacary Cissé, dévoile les dessous d’un dossier qui a tenu en haleine les dirigeants du football sénégalais jusque dans les heures précédant une rencontre de Coupe du monde.
Selon lui, les discussions entre la Fédération et Pape Thiaw ont été engagées le 25 février, avec la transmission d’une première proposition de contrat. Mais les échanges vont rapidement se compliquer. Alors que les Lions s’apprêtent à s’envoler pour les États-Unis afin de disputer le Mondial, le sélectionneur campe sur sa position : il refuse de voyager tant que son contrat n’est pas signé.
La situation devient suffisamment préoccupante pour remonter jusqu’au sommet de l’État. Toujours selon Bacary Cissé, un conseiller du président Bassirou Diomaye Faye, présent auprès de la sélection nationale, alerte le Palais. Le chef de l’État s’entretient alors directement avec Pape Thiaw et parvient à le convaincre de revoir ses prétentions salariales. Le sélectionneur accepte finalement un traitement mensuel de 30 millions de francs CFA nets, alors qu’il réclamait initialement 50 millions.
L’affaire semble réglée et les Lions prennent la direction des États-Unis. Mais une fois sur place, le dossier connaît un nouveau tournant. Le responsable fédéral affirme que Pape Thiaw revient avec une série de nouvelles exigences financières. En plus de son salaire, il réclame une prime de signature de 440 millions de francs CFA, 500 millions de primes spéciales et un bonus d’un milliard de francs CFA en cas de sacre mondial du Sénégal. Au total, ses revendications atteignent 1,94 milliard de francs CFA.
À ces montants s’ajoutent plusieurs avantages en nature : un véhicule de fonction, 200 litres de carburant par mois, une dotation téléphonique mensuelle de 200 000 francs CFA ainsi qu’une assurance maladie privée.
Face à cette nouvelle escalade, Abdoulaye Fall est contraint, selon Bacary Cissé, de solliciter une nouvelle fois l’arbitrage du président de la République. « Tout le monde s’est senti profondément embarrassé par ces va-et-vient incessants », confie le président de la Commission Communication de la FSF.
Après d’ultimes discussions, un compromis finit par être trouvé. Pape Thiaw renonce à ses premières exigences financières mais obtient une prime de signature de 120 millions de francs CFA, payable à raison de 30 millions par trimestre, une prime complémentaire de 180 millions de francs CFA répartie sur la durée du contrat, soit cinq millions par mois pendant trois ans, ainsi qu’une rémunération équivalant à 1 % des montants versés par la FIFA en cas de victoire finale du Sénégal. Les avantages en nature sont également maintenus.
Le point le plus sensible concerne toutefois la rupture du contrat. Le sélectionneur obtient l’insertion d’une clause lui garantissant le versement de huit mois de salaire en cas de licenciement, quel qu’en soit le motif. La Fédération accepte, mais exige en contrepartie un objectif sportif : conduire les Lions au moins jusqu’aux demi-finales de la Coupe du monde.
Là encore, les négociations connaissent un ultime épisode. D’après Bacary Cissé, trois heures seulement avant le coup d’envoi de la rencontre Sénégal-Norvège, Pape Thiaw conteste cette clause de performance, estimant qu’elle ne figurait pas dans les accords initiaux. Pressée par l’urgence de la compétition, la Fédération finit par céder et valide définitivement le contrat avec l’aval des autorités étatiques.
Le reste appartient à l’histoire. Éliminé dès les seizièmes de finale du Mondial, le Sénégal n’a pas atteint les objectifs espérés. Les importantes primes liées aux performances sportives ne seront donc jamais versées. En revanche, la clause négociée de haute lutte sur les indemnités de rupture produira pleinement ses effets. Pape Thiaw quitte ainsi le banc des Lions avec un chèque de 240 millions de francs CFA, refermant un épisode qui restera comme l’un des plus mouvementés de l’histoire récente de la sélection nationale.










