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SÉNÉGAL : DE LA TRANSHUMANCE POLITIQUE À LA GÉOMÉTRIE VARIABLE DES ALLIANCES

INFO KINKELIBAA #MTG by INFO KINKELIBAA #MTG
août 9, 2026
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SÉNÉGAL : DE LA TRANSHUMANCE POLITIQUE À LA GÉOMÉTRIE VARIABLE DES ALLIANCES
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S’il existe une vérité devenue difficile à contester dans la pratique politique sénégalaise, c’est bien celle-ci : la politique est désormais à géométrie variable. Il faut toutefois apporter une précision historique : les changements d’allégeance et les coalitions entre formations aux idéologies différentes n’ont pas commencé avec la première alternance. Ce qui change véritablement à partir de 2000, c’est leur ampleur, leur visibilité et surtout leur rapport avec l’exercice du pouvoir. Sous Abdou Diouf, le Parti socialiste demeure dominant, mais la fin de son règne est marquée par de profondes fissures internes. Djibo Ka, figure majeure du PS, rompt avec le parti ; les dissidents socialistes structurent le Mouvement du renouveau, créé en mars 1998, qui devient l’un des piliers de l’Union pour le renouveau démocratique (URD). Aux législatives du 24 mai 1998, l’URD obtient environ 13 % des voix et 11 sièges sur 140. Quelques mois plus tard, le 16 juin 1999, c’est Moustapha Niasse, autre grand baron socialiste, qui lance son appel à la nation et annonce sa rupture avec le PS. L’AFP est créée en juillet 1999 et obtient sa reconnaissance légale le 23 août de la même année. Ces deux départs sont fondamentaux : ils montrent que le vieux bloc socialiste n’est plus monolithique à la veille de l’élection présidentielle de 2000

1999-2000 : LES PREMIERS GRANDS POSITIONNEMENTS
L’élection présidentielle de 2000 constitue le véritable laboratoire de cette nouvelle politique. Au premier tour du 27 février 2000, Abdou Diouf obtient 41,3 %, Abdoulaye Wade 31 %, Moustapha Niasse 16,8 % et Djibo Ka 7,1 %. Au second tour du 19 mars, Niasse rejoint Wade ; Djibo Ka, lui, choisit finalement de soutenir Abdou Diouf après avoir initialement apporté son soutien à Wade. Wade remporte l’élection avec 58,5 % et met fin à quarante années de domination socialiste. C’est ici qu’apparaît une première caractéristique de la politique sénégalaise contemporaine : les frontières entre adversaires, alliés et anciens compagnons deviennent beaucoup plus perméables.

L’arrivée de Wade au pouvoir va accélérer le phénomène. Le nouveau président ne gouverne pas immédiatement avec le seul PDS. Son premier gouvernement, installé en avril 2000, rassemble des personnalités venues de plusieurs familles politiques : AFP de Moustapha Niasse, PIT, AJ/PADS et autres composantes de la coalition de l’alternance, certaines issues de traditions idéologiques très éloignées du libéralisme du PDS. Moustapha Niasse devient Premier ministre le 5 avril 2000, avant d’être limogé le 3 mars 2001. Aux législatives du 29 avril 2001, la coalition Sopi, dominée par le PDS, obtient 89 sièges sur 120, tandis que le PS s’effondre à 10 sièges ; l’AFP en obtient 11, l’URD 3 et And-Jëf 2. Le pouvoir change donc non seulement de mains, mais de configuration politique.

C’est également après l’alternance de 2000 que la transhumance politique devient une expression centrale du débat sénégalais. Des élus locaux, des responsables politiques et même certains agents de l’administration changent rapidement d’allégeance pour se rapprocher du nouveau pouvoir. Des travaux universitaires ont documenté ces changements d’allégeance « overnight » après le transfert du pouvoir au PDS, phénomène alors décrit par la presse comme de la « political transhumance ». Djibo Ka constitue lui-même une figure emblématique de cette période : après avoir soutenu Abdou Diouf au second tour de 2000, il reviendra dans le gouvernement d’Abdoulaye Wade à partir de 2004.

DE WADE À MACKY SALL : LA TRANSHUMANCE CHANGE D’ÉCHELLE
Sous Abdoulaye Wade, la mécanique s’installe durablement. Le pouvoir se construit autour du PDS et de la Coalition Sopi, qui agrège progressivement des formations et des personnalités venues d’horizons très différents. La logique n’est plus seulement idéologique : elle devient électorale, territoriale, institutionnelle et parfois individuelle. En 2004, le gouvernement de Wade est fortement dominé par le PDS, tandis que plusieurs personnalités issues d’autres sensibilités sont intégrées ; Djibo Ka retrouve alors une place ministérielle.

Mais c’est sous Macky Sall que la question de la transhumance atteint une dimension politique particulièrement spectaculaire. Après sa victoire de 2012, le nouveau pouvoir dispose d’une coalition, Benno Bokk Yaakaar, rassemblant des forces qui avaient pourtant été adversaires. Progressivement, l’APR cherche à élargir son assise et à réduire l’espace disponible pour ses concurrents. La formule attribuée à Macky Sall — « réduire l’opposition à sa plus simple expression » — devient l’un des marqueurs du débat politique de cette période. Elle est rapportée notamment en 2015 par plusieurs médias sénégalais.

Plus significatif encore, Macky Sall a publiquement défendu une conception très ouverte du ralliement au pouvoir, rejetant l’usage péjoratif du terme « transhumant » et expliquant que chacun devait être libre de rejoindre une autre formation. Cette position a suscité une vive controverse jusque dans son propre camp allié. L’objectif de massification politique a ainsi contribué à rendre la frontière entre majorité et opposition encore plus poreuse.

PASTEF : LE MOUVEMENT INVERSE
L’histoire récente introduit cependant une rupture intéressante. Avec la montée de PASTEF, particulièrement après 2019, le mouvement n’est plus uniquement celui d’une opposition qui cherche à rejoindre le pouvoir : on observe aussi des repositionnements de responsables et d’acteurs politiques qui prennent progressivement leurs distances avec le régime de Macky Sall et se rapprochent de la dynamique portée par Ousmane Sonko et, ensuite, Bassirou Diomaye Faye.

Il faut ici éviter les amalgames : tous les ralliements à la dynamique PASTEF ne peuvent pas être qualifiés de transhumance au sens classique, certains ayant été des soutiens électoraux, des rapprochements de circonstance ou des engagements plus assumés. Mais le phénomène est réel : la perspective de l’alternance de 2024 a progressivement déplacé les lignes politiques. La victoire de Bassirou Diomaye Faye au premier tour, avec le soutien de la coalition autour de PASTEF, a consacré une nouvelle recomposition du paysage politique.

2026 : KIIRAAY, NOUVELLE ÉPREUVE POUR LA POLITIQUE SÉNÉGALAISE
Le 25 juillet 2026, Bassirou Diomaye Faye franchit une nouvelle étape en lançant officiellement KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, issu de la transformation de la coalition « Diomaye Président ». Selon l’APS, 437 partis et mouvements ont décidé de fusionner avec la coalition présidentielle pour constituer cette nouvelle formation. Le nouveau parti se présente comme une « maison ouverte » fondée notamment sur l’éthique, la transparence et le principe de « servir et non se servir ».

Et c’est précisément ici que se pose la question politique majeure de cette nouvelle séquence : comment KIIRAAY- Les patriotes républicains va-t-il gérer l’afflux de responsables, d’élus, de militants et de personnalités issus d’horizons politiques différents ?

Car derrière chaque ralliement, les motivations peuvent être différentes. Pour certains, il s’agit certainement d’une adhésion sincère à une nouvelle vision politique et d’une volonté de participer à la transformation du pays. Pour d’autres, il peut s’agir d’une nouvelle opportunité politique. Pour d’autres encore, le ralliement peut être interprété comme une manière de solder des comptes anciens, de se repositionner ou de se protéger face à d’éventuelles difficultés. Il serait toutefois imprudent de prêter individuellement de telles motivations sans éléments établis.

C’est donc moins la quantité des ralliements que leur qualité politique qui devrait intéresser KIIRAAY- Les patriotes républicains. Une organisation qui absorbe rapidement des personnalités venues de tous les horizons risque de reproduire les mécanismes qu’elle prétend dépasser. À l’inverse, une formation capable d’accueillir sans renoncer à ses principes, d’intégrer sans diluer son identité, de pardonner sans effacer la responsabilité et de transformer les ralliements en adhésions véritablement programmatiques pourrait inaugurer une nouvelle culture politique.

La question essentielle est désormais celle-ci : dans quel esprit, avec quelle philosophie, selon quelles règles et quelle stratégie KIIRAAY- Les patriotes républicains entend-il absorber efficacement cette nouvelle vague de ralliements sans devenir à son tour une simple machine de massification politique ?

C’est peut-être là que se jouera sa véritable différence avec les expériences précédentes. Car l’histoire politique sénégalaise montre une chose : il est relativement facile de gagner des hommes ; il est beaucoup plus difficile de construire une culture politique commune.

Cheikh Mbacké SÈNE
Ancien Conseiller technique, Expert en Intelligence economique, veilles et communication stratégique

Tags: Cheikh mbacké séne
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