La vérité, dans certaines affaires, a cette fâcheuse habitude de se dérober au moment où l’on croit enfin pouvoir la saisir. Elle se glisse entre deux versions, s’abrite derrière des silences et laisse les questions s’accumuler. L’affaire Victorine Anquediche Ndèye – El Hadj Ibrahima Sall en est une illustration.
D’un côté, une ancienne ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire qui s’indigne de devoir répondre à une réclamation portant sur 100 millions de FCFA. De l’autre, son ancien directeur de cabinet, qui soutient avoir remis des fonds à son ancienne patronne dans le cadre d’une relation de confiance.
Cent millions. Pas cent mille, ni même un million. Une somme suffisamment importante pour susciter une interrogation élémentaire : peut-on réellement faire circuler un tel montant sans laisser de traces ?
Victorine Ndèye conteste visiblement la version de son ancien collaborateur. « Je ne pense pas que vous donneriez à quelqu’un 100 millions de FCFA sans qu’il vous fasse une reconnaissance de dette », fait-elle valoir. Une déclaration qui pose, à elle seule, toute une série de questions.
Car si l’argent a effectivement été remis, comment l’opération s’est-elle déroulée ? Quand ? Où ? Par quel moyen ? Pour quelle raison ? Et surtout, existe-t-il des documents ou des traces permettant de l’établir ?
En face, El Hadj Ibrahima Sall ne semble pas vouloir porter seul le poids du mystère. Celui que Victorine Ndèye présentait naguère comme son « couteau suisse » affirme que sa proximité avec l’ancienne ministre était précisément au cœur de ces opérations. Dans un communiqué transmis à L’Observateur, il soutient avoir été son « plus proche collaborateur » et affirme que cette relation de confiance aurait conduit à des remises d’argent effectuées à sa demande.
Voilà donc deux récits qui se croisent sans encore se rejoindre.
Et c’est peut-être là que réside le véritable nœud de l’affaire : l’argent a-t-il circulé, oui ou non ? Et si oui, où est-il passé ?
Car dans une affaire de cette nature, les déclarations ne suffisent pas. Les comptes parlent. Les relevés bancaires aussi. Les messages, les reçus, les correspondances et les éventuels documents de reconnaissance de dette peuvent également avoir leur mot à dire.
Le plus troublant reste peut-être le changement radical de ton entre les deux anciens partenaires. Hier encore, ils étaient liés par une relation professionnelle présentée comme fondée sur la confiance. Aujourd’hui, ils se retrouvent chacun de leur côté de la barricade, avec des accusations qui se répondent et une somme de 100 millions FCFA au milieu.
Après son audition à la Sûreté urbaine mercredi matin, Victorine Ndèye annonce à son tour une plainte contre son ancien directeur de cabinet pour chantage et extorsion de fonds.
Alors, qui doit quoi à qui ? Y a-t-il eu remise de fonds ? Dans quelles circonstances ? Avec quelles preuves ? Et pourquoi une relation professionnelle qui semblait reposer sur la confiance a-t-elle fini par se transformer en bras de fer judiciaire ?
Pour l’heure, chacun campe sur sa version.









