La CHRONIQUE DE Babou Biram FAYE
«Nulle nation, nul gouvernant n’a jamais tiré avantage d’une longue guerre ou d’une adversité continue. La suprême excellence consiste à briser la résistance de l’ennemi ou de l’adversaire sans combattre».
Cette pensée attribuée à Sun Tzu pourrait parfaitement illustrer l’attitude du Président Bassirou Diomaye Faye dans la gestion de son différend avec son ancien mentor, Ousmane Sonko.
Il faut bien observer cet homme politique pour comprendre sa démarche.
D’aucuns le prennent pour un naïf. D’autres le trouvent trop tolérant. Certains pensent même que le Président Diomaye devrait répondre coup pour coup, hausser le ton, engager le bras de fer et montrer davantage ses muscles politiques.
Je crois, pour ma part, que la réalité est beaucoup plus profonde.
Bassirou Diomaye Faye semble avoir compris une règle fondamentale de la politique : toutes les batailles ne méritent pas d’être livrées et toutes les victoires ne s’obtiennent pas dans le fracas.
Son silence n’est pas nécessairement de la faiblesse. Sa retenue n’est pas forcément de la naïveté. Sa patience peut être une véritable stratégie.
Il y a chez lui une intelligence politique qui se manifeste moins par les déclarations spectaculaires que par la capacité à laisser le temps travailler.
Et cette posture me rappelle une autre grande figure de l’histoire politique sénégalaise : Abdou Diouf.s
1989 : quand Abdou Diouf choisit le sang-froid
L’histoire politique récente du Sénégal nous offre, en effet, un précédent particulièrement éclairant.
En 1989, lorsque la crise sénégalo-mauritanienne atteignit un niveau extrêmement préoccupant, les tensions entre les deux pays et les deux peuples étaient fortes. La colère était profonde et la tentation de l’affrontement existait.
Certains souhaitaient une réaction plus vigoureuse du Sénégal. Certains auraient voulu que le pouvoir réponde à la tension par la force.
Maison, Abdou Diouf choisit le sang-froid.
Plutôt que de céder à la pression de l’instant, il privilégia la responsabilité, la diplomatie et la semaine recherche d’une issue permettant d’éviter que la crise ne se transforme en guerre durable entre deux peuples profondément liés par la géographie, l’histoire, les familles et les échanges.
Son choix n’était pas celui de la faiblesse.
C’était le choix d’un homme qui savait que l’autorité d’un État ne se mesure pas uniquement à sa capacité de frapper, mais aussi à sa capacité de retenir son bras.
Diouf avait compris une chose essentielle : une guerre peut avoir des vainqueurs militaires, mais, elle laisse rarement des sociétés indemnes. Elle crée des blessures, des rancœurs et des traumatismes dont les générations suivantes peuvent encore payer le prix.
La véritable responsabilité d’un dirigeant consiste donc parfois à empêcher que la colère du présent ne compromette la paix de demain.
Cette séquence de 1989 rappelle une vérité fondamentale : le courage politique ne consiste pas toujours à répondre au coup pour coup. Il consiste parfois à avoir suffisamment de maîtrise de soi pour refuser le combat que tout le monde vous demande de livrer.
Diomaye aujourd’hui : la politique du temps long
C’est précisément à ce niveau que le parallèle avec Bassirou Diomaye Faye mérite d’être posé.
Face à son différend avec son ancien mentor et désormais adversaire politique, Ousmane Sonko, le Président Diomaye pourrait choisir la confrontation permanente.
Il pourrait répondre aux attaques par d’autres attaques, transformer chaque désaccord en crise politique et chaque divergence en guerre ouverte.
Mais, il semble privilégier une autre voie : Le temps.
La patience. La maîtrise de soi. La responsabilité institutionnelle.
Et c’est précisément ce qui continue de surprendre une partie de l’opinion.publique.
Car, en politique, le plus bruyant n’est pas toujours le plus puissant. Celui qui attaque le premier n’est pas, nécessairement, celui qui gagnera la partie.
Il existe une puissance plus subtile : celle de celui qui maîtrise ses nerfs, refuse de se laisser entraîner sur le terrain de l’adversaire et conserve, suffisamment, de lucidité pour penser au-delà de la prochaine bataille.
Diomaye peut ainsi déjouer les calculs de ses adversaires les plus redoutables sans tambour, ni trompette.
Comme Abdou Diouf, il semble comprendre que la politique est aussi une affaire de temps long.
Diouf a gouverné le Sénégal pendant près de vingt ans. Cette longévité rappelle qu’en politique, l’histoire ne se joue pas toujours dans l’immédiateté des événements. Certains hommes cherchent à gagner la bataille du jour ; d’autres pensent déjà à la manière dont leur décision sera jugée par l’histoire.
Alors, naïveté ?Tolérance excessive ?
Faiblesse ?
Ou intelligence stratégique ?
L’avenir nous le dira.
Mais, une chose est certaine : il ne faut jamais confondre le silence avec l’impuissance, ni la patience avec la peur.
Abdou Diouf l’avait compris dans une période où l’affrontement entre le Sénégal et la Mauritanie pouvait entraîner les deux peuples dans une spirale dangereuse.
Bassirou Diomaye Faye semble, à son tour, comprendre qu’un conflit politique interne ne doit pas nécessairement conduire à une confrontation permanente.
Dans les deux cas, la véritable force réside peut-être dans cette capacité à ne pas céder à la pression de l’instant.
Car,.il existe une forme de puissance supérieure à la force : celle qui permet de sortir d’une crise sans avoir détruit l’adversaire, sans avoir davantage divisé le pays et sans avoir compromis l’avenir.
Les hommes politiques pressés cherchent souvent à gagner la bataille du jour.
Les hommes d’État cherchent, eux, à préserver la victoire de demain.
Et parfois, la plus grande victoire politique consiste, précisément, à vaincre sans combattre.
Babou Biram FAYE Journaliste-Communicant
Analyste politique









