Par Babou Biram FAYE
La question des fonds spéciaux évoqués dans le cadre de la gestion de la Primature sous Ousmane Sonko appelle désormais des clarifications précises. Elle ne relève plus simplement de la controverse politique : elle touche à la responsabilité administrative, à la traçabilité des ressources publiques et, plus largement, à la crédibilité de la parole publique.
La déclaration faite, ce matin, sur la TFM par Macodou Sène, ancien Directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE) de la Primature sous Ousmane Sonko, est à cet égard, particulièrement, significative. M. Sène affirme n’avoir jamais géré de fonds spéciaux.
Cette affirmation interpelle, nécessairement, dès lors qu’elle semble entrer en contradiction avec des déclarations antérieures d’Ousmane Sonko faisant état de l’existence de fonds spéciaux et les associant à la gestion de son DAGE.
Dès lors, une clarification s’impose.
UNE CONTRADICTION QUI NE PEUT ÊTRE ÉVACUÉE
Monsieur Ousmane Sonko, les Sénégalais sont en droit de vous poser quelques questions parfaitement légitimes : Macodou Sène était-il effectivement votre DAGE lorsque vous étiez Premier ministre ?
Si oui, avait-il la responsabilité de gérer les fonds spéciaux auxquels vous avez fait référence ?
S’il ne les gérait pas, quelle autorité ou quel service en assurait la gestion ?
Et si votre ancien DAGE n’était pas concerné, sur quels éléments reposaient vos déclarations antérieures ?
Ces interrogations ne sont ni polémiques ni partisanes. Elles procèdent d’une exigence élémentaire de cohérence lorsqu’il est question de ressources publiques et de responsabilités exercées au sein de la Primature.
AU-DELÀ D’UNE SIMPLE AFFAIRE DE COMMUNICATION
Le véritable problème est ailleurs.
Depuis quelque temps, plusieurs déclarations publiques d’Ousmane Sonko suscitent des interrogations quant à leur cohérence, à leur exactitude ou à leur compatibilité avec les faits ultérieurement rapportés par différents acteurs.
Il ne s’agit pas ici de qualifier systématiquement ces déclarations de contre-vérités. Il appartient aux faits, aux documents et aux personnes directement concernées d’établir ce qui relève de l’erreur, de l’imprécision ou de l’affirmation infondée.
Mais, une chose est certaine : lorsque les versions se multiplient et se contredisent, la parole politique perd progressivement de sa force.
Or, pour un responsable politique qui aspire à exercer ou à conserver les plus hautes responsabilités de l’État, la crédibilité ne peut reposer uniquement sur la puissance du discours.
Elle repose d’abord sur la constance, la précision et la vérifiabilité des déclarations.
LA SORTIE D’AMINATA TOURÉ AJOUTE AU DÉBAT
La réaction d’Aminata Touré, qui s’est également exprimée aujourd’hui pour dénoncer ce qu’elle considère comme des sorties injustifiées, inappropriées et inexactes d’Ousmane Sonko, donne une dimension supplémentaire à cette controverse.
Lorsque des personnalités ayant elles-mêmes exercé de hautes responsabilités publiques commencent à mettre en cause la pertinence ou l’exactitude de certaines prises de parole, il devient difficile de réduire systématiquement le débat à une simple confrontation entre majorité et opposition.
La question fondamentale devient alors celle de la responsabilité de la parole publique.
DIRIGER UN ÉTAT, C’EST AUSSI RÉPONDRE DE SES PAROLES
Il est toujours facile de dénoncer les pratiques de ceux qui ont précédé. Il est beaucoup plus exigeant de soumettre ses propres déclarations au même niveau d’exigence.
La responsabilité politique suppose une règle simple : ce que l’on reproche aux autres doit pouvoir s’appliquer à soi-même.
La transparence ne peut pas être une exigence à géométrie variable.
Elle ne peut pas être invoquée lorsque l’on demande des comptes à ses adversaires et relativisée lorsqu’elle concerne sa propre gestion ou ses propres déclarations.
C’est précisément pourquoi cette affaire mérite une clarification complète.
Pas une polémique supplémentaire.
Pas une attaque personnelle.
Pas une diversion.
Des faits. Des documents. Des responsabilités clairement établies.
Monsieur Sonko, les Sénégalais veulent simplement savoir :
Qui gérait réellement les fonds spéciaux ?
Qui en avait la responsabilité administrative ?
Le DAGE Macodou Sène en faisait partie ou non ?
Et si ce n’était pas lui, qui était effectivement chargé de cette mission ?
Ces questions sont suffisamment simples pour appeler des réponses précises.
LA CRÉDIBILITÉ POLITIQUE SE MESURE AUSSI À LA COHÉRENCE
L’enjeu dépasse finalement la seule personne d’Ousmane Sonko.
Il concerne la conception même de la responsabilité publique.
Un homme qui aspire à diriger le Sénégal doit comprendre qu’à ce niveau de responsabilité, chaque déclaration engage non seulement sa personne, mais aussi la crédibilité de l’État et la confiance des citoyens.
La politique peut être passionnelle. Le débat peut être vif. Les confrontations peuvent être rudes.
Mais, lorsqu’il est question d’argent public, les faits doivent rester plus forts que les slogans.
Et lorsque deux versions semblent incompatibles, la seule réponse acceptable est la clarification.
Le Sénégal n’a pas besoin de nouvelles polémiques. Il a besoin de vérité, de cohérence, de responsabilité et de transparence.
C’est à cette aune que doivent désormais être appréciées toutes les déclarations publiques, quelle que soit leur provenance ou la personnalité qui les prononce.
Partant, je demande,. solennellement à Monsieur Ousmane Sonko d’adopter une communication basée sur la vérité …ou d’avoir l’attitude la plus sage: c’est de se taire.
BBF










