À sa nomination au poste de Premier ministre, le 25 mai dernier, j’étais resté sur l’image d’un homme presque à bout de souffle. Un homme que les événements semblaient avoir éprouvé, comme privé de cette énergie qui pousse à aller au front, de cette témérité qui fait affronter la tempête et de cette résilience qui permet, même après avoir vacillé, de revenir dans la mêlée.
Hier, pourtant, c’est un tout autre Al Aminou Lô qui est venu s’installer dans nos salons.
Deux heures et demie. Debout, face à un pupitre. Sans faiblir. Sans donner le sentiment de subir le temps ou le poids de l’exercice. Deux heures et demie à répondre, expliquer, assumer, défendre. Avec cette sérénité tranquille des hommes qui ont retrouvé leurs repères et cette endurance qui ne se décrète pas.
J’ai découvert un homme debout. Un homme souriant, profondément humain, avec ce sourire sans calcul qui appartient aux hommes qui n’ont plus besoin de se donner des airs. Un homme empreint de cette humilité tranquille des gens de la terre, de cette sagesse patiemment acquise au contact des réalités. Une sorte de « Ndongo Daara», avec ce que le terme charrie de respect, de retenue et d’ascétisme.
Hier, Al Aminou Lô a réussi son grand oral. Avec maîtrise, sans emphase, sans chercher à surjouer son rôle. Et, au lendemain de cette prestation, sa cote semble doucement remonter.
Il faut dire que les Sénégalais ne le connaissent pas encore suffisamment. Et ils gagneraient sans doute à l’entendre davantage.
Car Al Aminou Lô ne craint pas le temps qui passe. À 60 ans, il parle avec la sérénité d’un grand frère que les épreuves de la vie ont éprouvé, que les arcanes et les artifices du monde de la finance ont aguerri, mais qui a su préserver l’essentiel : la simplicité.
Chez lui, rien ne semble forcé. Il ne cherche pas à éblouir, encore moins à occuper tout l’espace. Il parle, explique, nuance. Il rassemble plus qu’il ne divise. Il rassure sans promettre l’impossible.
Et cette tonalité-là parle à une grande partie des Sénégalais, particulièrement à ceux qui vivent au quotidien les difficultés économiques et sociales et qui, plus que de grands discours, attendent des responsables qu’ils leur parlent avec des mots simples et une certaine vérité.
Écouter Al Aminou Lô, c’est finalement un peu apprendre à remettre les choses à leur juste place. Il a cette capacité à parler d’économie sans transformer chaque explication en cours magistral. Il vulgarise sans simplifier à outrance. Il donne l’impression de comprendre les mécanismes complexes sans éprouver le besoin de rappeler qu’il les connaît.
À certains égards, il me fait penser à Oustaz Alioune Sall de Sud FM : cette faculté de rendre accessible ce qui paraît compliqué, cette proximité dans le langage, cette manière de parler aux gens sans les regarder de haut. Avec, chez Al Aminou Lô, une gravité supplémentaire, celle peut-être d’un homme qui a beaucoup vu, beaucoup appris et qui sait désormais que le vacarme ne produit pas nécessairement de la grandeur.
C’est en cela qu’Al Aminou Lô apparaît comme une denrée rare dans un exécutif où les ego, parfois surdimensionnés, peuvent finir par brouiller l’essentiel.
Lui ne semble pas courir après la lumière. Il s’efface pour servir. Il s’oublie pour être utile.
Dans un pays qui donne parfois le sentiment de descendre au cinquième sous-sol, cette posture n’est pas anodine. Elle est même salutaire.
La force d’Al Aminou Lô est peut-être là : dans sa sobriété, sa constance, sa stabilité et surtout dans cette capacité à poser un diagnostic dense sans transformer chaque prise de parole en démonstration de force.
Il n’est pas dans le bruit. Il n’est pas dans la posture. Il n’est pas dans la surenchère.
Il avance avec cette tranquille assurance des hommes qui savent que la force ne réside pas toujours dans le volume de la voix, mais dans la justesse des mots.
Et si, hier, nous avons découvert un autre Al Aminou Lô, peut-être avons-nous surtout découvert un homme qui avait simplement choisi de ne pas faire de bruit pour se faire entendre.
Bara Ndiaye, Tahirou Sarr, Guy Marius Sagna m’ont déçu…
Le Sénégal s’est toujours distingué, ici comme ailleurs, par la qualité de ses hommes et de ses femmes, par cette éducation fondée sur le respect, la dignité, la retenue, le soutoureu et le téguine. Des valeurs qui, au-delà des générations, ont contribué à forger notre identité et à nous valoir le respect des autres.
Mais que se passe-t-il lorsque, du jour au lendemain, nous donnons le sentiment de vouloir remplacer ces valeurs par l’arrogance, la désinvolture, l’absence de vergogne, le renoncement à l’éthique et cette course effrénée au buzz, devenu pour certains l’ultime manière d’exister ?
Les dérives verbales de Bara Ndiaye sont, à mes yeux, difficilement acceptables. Les outrances et les gesticulations de Guy Marius Sagna finissent par franchir les limites de ce que devrait autoriser le débat public. Quant à Tahirou Sarr, sa récente intervention sur la xénophobie m’a laissé le sentiment d’un regrettable dérapage verbal, doublé d’un manque de respect qui ne saurait être banalisé.
Il y en a d’autres. Beaucoup d’autres, peut-être. Ceux-là ont simplement retenu mon attention.
Car le débat public ne devrait jamais devenir un défouloir, encore moins une affaire de personnes. Il doit demeurer un lieu de confrontation des idées, de contradiction, parfois même de passion, mais toujours avec cette retenue, cette dignité et ce respect de l’autre qui donnent du sens à la parole publique.
Nous avons longtemps été fiers d’une certaine manière d’être Sénégalais : le respect, la soutoureu, le teguine, la mesure dans la parole et cette capacité à porter une responsabilité sans avoir besoin de l’exhiber.
Car une nation ne se construit pas uniquement avec des infrastructures, des institutions ou des discours. Elle se construit surtout avec des femmes et des hommes de valeur, capables de se respecter eux-mêmes et de respecter les autres.
C’est à ce prix que nous formerons des citoyens dignes, respectés et responsables ; des citoyens chez qui la conscience, l’éducation et le sens de l’honneur seront suffisamment forts pour qu’ils réfléchissent à deux fois — et même longtemps — avant de porter préjudice à autrui.
Le Sénégal mérite cette exigence. Et surtout, il ne doit jamais avoir honte de ses valeurs.
Mor Talla GAYE Journaliste-Communicant









