Certains silences valent des promotions, et certaines paroles coûtent un fauteuil en cuir climatisé. Le dernier Conseil des ministres en a offert une démonstration clinique, presque pédagogique : Bassirou Kébé, désormais ex-DG de SN HLM, a été prié d’aller méditer ailleurs sur les vertus de la discipline républicaine. Limogé ? Remplacé ? “Redéployé vers peut être de nouveaux horizons” ? L’administration adore les euphémismes : ils sentent la lavande mais laissent des bleus.
Officiellement, rien. Officieusement, tout le monde a fait le lien. Les tensions à l’Université Cheikh Anta Diop, le décès tragique de l’étudiant Abdoulaye BA, puis cette fameuse sortie médiatique où le DG, emporté par un élan de franchise, s’est permis de critiquer ouvertement le gouvernement. Un directeur général qui parle comme un chroniqueur, voilà une audace qui, sous nos latitudes, confine au suicide administratif.
Et pourtant, l’homme ne part pas les mains vides. Il peut, sans rougir, revendiquer d’avoir profondément métamorphosé la SN HLM, d’en avoir secoué les habitudes poussiéreuses, imposé un rythme nouveau, esquissé une véritable rupture dans la gestion et l’ambition. Là où d’autres administraient la routine, lui a voulu imprimer sa marque. Modernisation, réorganisation, volonté affichée d’efficacité : qu’on l’aime ou non, il a tenté de bousculer la maison.
Car dans les arcanes du pouvoir, une règle tacite circule comme une prière païenne. Un ministre français l’a formulée avec une brutalité chirurgicale : “Quand on est au pouvoir, on se tait… ou on dégage.” La formule claque comme une porte de bureau. Elle ne laisse aucune place à la poésie militante.
Et voilà toute la contradiction. Au sein de Pastef, on célébrait la parole déliée, le débat sans muselière, la liberté érigée en étendard. Oui, chacun peut parler. Mais visiblement, pas avec la même intensité lorsqu’on tient un stylo qui signe des marchés publics. La liberté d’expression version exécutive ressemble à ces jardins publics impeccables : on peut s’y promener, mais pas piétiner les pelouses sensibles.
Le départ de Bassirou Kébé sonne donc comme un avertissement enveloppé dans un communiqué lisse. On peut être un réformateur zélé, transformer une société d’État, afficher une ambition de rupture mais la première réforme exigée d’un haut responsable reste la loyauté silencieuse.
La morale de l’histoire est simple et cruelle : la rupture est applaudie quand elle vise les structures, beaucoup moins quand elle frôle la ligne gouvernementale. Dans la grande chorale du pouvoir, chacun peut avoir une belle voix. À condition de chanter la même partition.
Malick BA










