Comme toutes les révolutions, celle des Toorodo survenue au Fouta en 1776 avait pour vocation de s’exporter vers les pays voisins .
Le Général Faidherbe ,décrivit en 1855 cette révolution, en ces termes :
……..La révolution d’Abd-Oul Kader,qui s’appuya sur la religion, nous semble donc être une révolution de la classe ou race nommée Torodo contre la domination des Délianké; et il nous semble que les Torodo devaient être le résultat du mélange des tribus Poul non Délianké avec les habitants indigènes, c’est-à-dire avec les Ouolof; cette race mélangée avait conservé les noms des tribus Poul, avait adopté la langue Poul, et était devenue musulmane fanatique. Tous les noms des tribus Torodo qui habitent aujourd’hui le Fouta, sont des noms Poul, Irlabé, Sélobé. etc. Elles ne parlent que le Poul mélangé de quelques mots Ouolof. Mais physiquement parlant, ces tribus ont plus du Ouolof que du Poul. La révolution opérée par Abd-Oul-Kader (qui personnellement avait dans les veines plus de sang ouolof que de sang peul et avait été élevé dans le Cayor), et par les Torodo, contre les Délianké, est donc une espèce de réaction des Ouolofs mélangés aux Poul contre l’élément Malinke mélangés au Poul
Almamy Abdou Khadr KANE qui avait succédé à Thierno Souleymane Baal apres dix ans de régne , envoya des ambassadeurs comme la charia lui indique pour ordonner aux souverains des pays voisins, le Bourba Diolof Mbaa Compass NDIAYE , le Brack du Oualo Fara Peinda Tégue Rélla MBODJ le Damel du Cayor Birima Fatma Peinda FALL et l’Emir du Trarza Ali El-Kowri, de se conformer aux vrais préceptes de l’islam , et qu’il viendrait en personne recevoir leur serment.
Devant le refus des états voisins d’accepter son diktat l’Almamy Abdou Khadr KANE entrepris des opérations militaires de Jihad à leur endroit .
Apres ses succès militaires au Trarza, avec la mort de l’Emir au Walo et la reddition du Brack Fara Peinda Tégue Rélla MBODJ ; Almamy Abdou Khadr KANE entreprit une grande expédition militaire contre le Damel du Cayor.
L’historien Traditionaliste du Fouta Ciré Abass SOW dans son ouvrage Chronique du Fouta Sénégalaise décrivit l’aventure militaire malheureuse de l’Almamy , au Kadjoor face aux troupes du Damel-Teigne Amary Ngoné Ndélla Coumba FALL en ces termes :
……….L’imâm livra donc un combat au dammel. Beaucoup de notables du Fûta y furent tués. Cette expédition fut marquée par le manque de loyauté et la trahison de Ali-Dundu-Segele KANE et des gens du Bôseya qui l’accompagnaient : ils s’enfuirent pendant la nuit mais le dammel les rattrapa sur la route parce qu’ils étaient épuisés par la faim et, le lendemain, l’imâm fut fait prisonnier, après la mort du prince du Dyolof qui l’accompagnait,…..
Apres son retour de captivité au Cayor , après la défaite de ses troupes face à l’armée du Damel Amary Ngoné Ndélla Coumba FALL à Bounghoye , l’Almamy du Fouta s’il avait retrouvé son trône faisait face à une forte opposition.
La fronde était dirigée par le marabout Moktar-Kudédye TALLA qui dans une fatwa prononça la destitution de l’Almamy Abdou Khadr pour les motifs suivants :
—Avec son grand âge l’almamy avait plus de 80 ans , il ne pouvait plus assumer pleinement ses fonctions de chef d’etat.
–Ensuite d’après Ciré Abass SOW ….…..Sa condition de serf des gens du Kadyôr résultant de la captivité subie ne pouvaient convenir à un prince des croyants……..
Cette fatwa fut le début d’une guerre civile entre une coalition de certains Tooroodo et les grands électeurs les Jagoordé contre les troupes fidéles d’Almamy Abdou Khadr KANE .
Des Toorodo et les grands électeurs Jagoordé cherchèrent des alliances militaires aupres des etats voisins du Kaarta et Bundu pour venir à bout des troupes fidéles à l’Alamamy Abdou Khadr.
Dans son ouvrage ‘’Les Chroniques du Fouta Sénégalais ‘’ l’historien traditionnel Ciré Abass SOW relate la conjuration en ces termes :
…..Les notables personnages du Bossea rassemblerent leurs biens dans le but d’envoyer des présents au prince des Bambara, afin de l’acheter pour qu’il leur prêtât son appui contre l’imâm, car il était difficile d’obtenir l’appui de ce prince :
Âli-Dundu KANE fournit sept esclaves,
Elimàn Saîdu-Bûbu-Sirè de Rindyaw sept esclaves,
Tyèrno-môlle Ahmadu-Moktar LY cinq esclaves,
Galo-Lumbal la valeur en bestiaux de trois esclaves et
Yéné-Samba la valeur en bestiaux de trois esclaves.
Puis ils remirent le tout aux mains de Sâdyo-Dundu-Gorel, lequel accompagna l’armée des Bambara, qui était nombreuse et avait pour chef un homme appelé Boo.
Aux Bambara s’était jointe une troupe du Bundu, et toute cette armée passa par la région au sud du fleuve.
Nous pouvons noter qu’a l’époque meme si la revolution Toorodo avait interdit la traire negriere que pratiquaient les europeens , elle n’avait pas aboli l’esclavage domestique au Fuuta et l’esclave demeurait la monnaie d’echange.
Le Professeur Omar KANE dans son ouvrage « la Première Hégémonie Peule le Fuuta Tooro de Koli Tenguella à Almaami Abdul » relate la fin tragique d’Alamamy Abdou Khadre en ces termes :
………….Par l’intermédiaire d’Ali Dundou KANE , les notables du Fuuta achetèrent l’intervention de Musukro BO Fama du Kaarta, âme de l’alliance Kaarta-Xaaso-Bundu-Kammera. L’armée alliée marcha sur la coalition formée autour de l’Almaami Abdoul(Gwey, Gidimaxa,Haayre, Hawa Demmba ). La rencontre eut lieu à Luggere Pooli Bodejji et l’armée d’Almaami Abdoul fut mise en déroute . Almaami Abdoul et ses partisans prirent la fuite vers Tulel. Almaami Abdoul traversa le fleuve pour se rendre à Judde Guriki ou il attendit courageusement ses ennemis qui après un court combat les massacrèrent lui et ses fidèles compagnons qui n’avaient pas voulu l’abandonner le 04 Avril 1807 . …….
Avant les combats ayant entrainé sa mort, Almamy Abdou Khadr avait ordonné à certains de ses proches de séparer de lui comme le Serigne Koki Ndiaga Isseu Diéye DIOP qui l’avait suivi au Fuuta apres la débacle de Boughoye .
D’apres Ciré Abass en s’adressant en ces termes : « Si quelqu’un d’entre vous était tué au cours de ce combat après la défense que je vous ai faite d’y prendre part, son salut éternel ne serait pas garanti; quant à moi, je remets mon sort à Dieu et Dieu veille avec clairvoyance sur ses serviteurs. »
Alors Amar-Belâ, Ndyaga-Yeysa (Ndiaga Isseu) et Dembala-Hàwa s’en allèrent et retournèrent chez eux pour obéir à l’imâm Abdulkâder, après qu’il eut adressé à Dieu pour chacun d’eux la meilleure des prières. Et l’affaire fut ce qu’elle fut. …..
L’érudit de Ganguel Souleye Shaykh Muusa KAMARA evoque lui aussi dans des termes similaires, l’assassinat de Almamy Abdul Khadr dans ce qu’il appelle le complot de Galoye dans son ouvrage Florilège au jardin de l’Histoire des noirs Zuhüral Basatin :……………..
Ses ennemis se rassemblèrent à Galoya pour comploter contre lui. Parmi eux, il y avait Aali Dunndu KANE , le cousin de Aali Siidi- Sammba Siree Aali Siley AAN- l’Almaami Moktaar Kudeeje, du clan de TALLA et qui habitait à Sillanaabé, Ceerno Molle Aamadu Moktaar , Elimaan Rinjaw Saydu Buubu ATHIE , Saajo Dunndu, à Njafaan , Dewa Naayel à Bungu Sawa Yeene à Njaakiri, Galo Lummbol à Baalaaji et la femme de l’Almaami Moktaar Kudeeje, Lors de cette réunion, ils se mirent d’accord pour combattre et chasser l’Almaami Abdul du Fuuta. L’Almaami fut tué à Guurüki . ……………..
Ainsi disparut le 04 Avril 1807 Almamay Abdou Khadr KANE le grand révolutionnaire celle des Toorodo qui eut lieu 13 ans avant la révolution française de 1789
Diawdine Amadou Bakhaw DIAW
Cousin lointain des descendants d’Alamamy Abdou Khadr kane avec ses epouses Walo walo Aram Bakar MBODJ Fara Peinda et Marema MBODJ Ndiack Khoury
SOURCES :
• Siré Abbâs SOH : Chroniques Du Foûta Sénégalais
• Professeur Omar KANE : « la Première Hégémonie Peule le FuutaTooro de Koli Tenguella à Almaami Abdul »
• Shaykh Muusa KAMARA : Florilège au Jardin de l’Histoire des Noirs Zuhüral Basatin