Stéphane Beaudet n’est pas du genre à passer inaperçu. Président de l’Association des maires d’Île-de-France, maire d’Évry-Courcouronnes et vice-président de Grand Paris Sud chargé de l’attractivité, de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, il incarne une certaine idée de la responsabilité publique française.
En novembre dernier, il séjournait au Sénégal pour, dit-il, “des rendez-vous avec le maire de Dakar et l’AFD” Il y découvrira surtout un taxi. Celui de Mbacké Diallo, conducteur sénégalais qui sillonne les abords de la Corniche. Une voiture vieillissante, certes. Mais un outil de travail. Un gagne-pain. Une dignité.
À bord du véhicule, en route vers l’hôtel Azalaï, l’élu français dégaine son téléphone. Il filme. Sans prévenir. Sans demander. Puis commente. Le ton se veut léger ; il sonne condescendant. «Le logo, ça ne sert à rien… Les compteurs non plus… »
Le toit ouvrant devient « en carton, s’il vous plaît ».La voiture ? « Monument d’histoire, limite voiture de collection. » Et la chute : « Bref, j’ai pris le taxi. »
La séquence est diffusée sur TikTok. Les rires numériques remplacent la retenue. L’ironie se mue en humiliation publique.
Car ce qui choque n’est pas l’humour. C’est le regard. Un regard qui observe sans comprendre. Qui commente sans mesurer. Qui filme sans consentement.
Le chauffeur découvre la vidéo après sa mise en ligne. Il apprend qu’il est devenu décor d’une plaisanterie. Or le droit est clair : toute personne peut s’opposer à la diffusion de son image lorsqu’elle est identifiable, même dans un lieu public. Ce principe élémentaire n’est pas une formalité juridique. Il protège la dignité.
L’affaire prend une autre dimension à quelques semaines des élections municipales françaises des 15 et 22 mars 2026. La vidéo disparaît. Une autre apparaît : celle des excuses.
«Je découvre que vous avez été heurté, meurtri, humilié même (…) Je voulais vous adresser mes plus sincères excuses. »

Dont acte.
Mais au-delà de la suppression et des regrets, demeure une question plus profonde : pourquoi, à chaque époque, certains voyages vers l’Afrique semblent-ils encore chargés de cette légèreté blessante ? Comme si la distance géographique autorisait une distance morale. La dignité ne se mesure ni à l’état d’un véhicule ni au standing d’un hôtel. Elle réside dans le travail honnête, dans le respect mutuel, dans la retenue que commande toute position d’autorité.
Frantz Fanon l’écrivait avec une clarté intemporelle : «Chaque fois que la dignité et la liberté de l’homme sont en question, nous sommes concernés.» Cette affaire n’est pas qu’un épisode numérique. Elle est un rappel. Rappel que la fonction publique impose une exemplarité. Rappel que le droit à l’image protège les plus modestes.
Rappel, surtout, que l’humanité ne se fragmente ni par la couleur, ni par la géographie, ni par la condition sociale.
Reste désormais à savoir si Mbacké Diallo, le chauffeur de taxi acceptera les excuses de Monsieur le “Baudet”, pardon Monsieur le maire Stephane Beaudet.
Et si la leçon, elle, aura été entendue.
Diarra Badiane, son adjointe à la mairie d’Évry-Courcouronnes, aurait pu et sans doute dû le rappeler à l’ordre. D’origine sénégalaise, elle est la fille de Mbaye Badiane, officier de réserve honoraire de l’Armée de l’air française, médaillé militaire et chevalier de la Légion d’honneur. MTG










