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Recomposition fondatrice versus Mercato politique

INFO KINKELIBAA #MTG by INFO KINKELIBAA #MTG
août 16, 2026
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Recomposition fondatrice versus Mercato politique
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Une fois n’est pas coutume. J’emprunte au Football ses techniques pour faire une lecture de la Politique qui lui ressemble par les combinaisons, les dribbles, les marchandages et les transferts récurrents.

En Espagne, pendant que La Liga s’annonce palpitante, le Mercato bat son plein. Après Cucurella, Diomandé et Bernardo Sylva, Real Madrid lance une OPA sur Rodri qui aurait préféré les voisins catalans. De l’autre côté, son principal rival, FC Barcelone signe Gordon et Adeyemi et manifeste un intérêt pour Alvarez, les caisses vides alors que les Colchoneros mettent la barre très haut selon Marca.

Pendant ce temps, au Sénégal, la politique renoue avec ses habitudes et montre la plus hideuse de ses facettes : les idées désertent le débat au profit d’un Mercato d’un autre genre.

Le nouveau promu, KIIRAAY, joue déjà dans la cour des équipes phares et lance une OPA (offre publique d’achat) aussi bien sur Pastef que sur une certaine élite politique. Celle-ci, qui se soucie peu d’éthique, s’adonne à son sport favori et présente une OPV (offre publique ou vente) sous couvert d’une kyrielle de mouvements sans contenu programmatique.

Concurremment, PASTEF qui prend le chemin du maquis depuis le limogeage de Sonko, mobilise ses troupes dans des opérations de vente de cartes, en ayant en ligne de mire les prochaines échéances électorales. Il se soucie peu de la situation actuelle du pays dont il est le seul responsable.

Le contraste est saisissant, presque ubuesque : Deux pays, deux ordres de priorité.

Car, au moment où le Sénégal affronte une situation économique et financière particulièrement difficile, où les ménages sont étranglés par le coût de la vie, le monde rural peine à trouver ses marques et les entrepreneurs politiques semblent saisis d’une étrange frénésie : création de mouvements et de plateformes, positionnements individuels, rapprochements spectaculaires, etc.

Que proposent réellement les animateurs de tous ces mouvements ? Quelle lecture font-ils de la crise financière, économique et sociale ? Quelle politique agricole, industrielle ou éducative proposent-ils ? Quelle conception de l’État, de la Justice sociale, de la souveraineté ou de l’emploi des jeunes partagent-ils ?

Leur seul leitmotiv semble se résumer ainsi : procéder au lancement hypermédiatisé d’un mouvement, compter les soutiens potentiels, négocier les positions avant d’organiser le ralliement. Et le Sénégal dans tout ça ?

Cette inversion des priorités devrait nous inquiéter. Les Sénégalais ont longtemps dénoncé la transhumance politique dans sa forme classique : quitter le camp vaincu pour rejoindre celui des vainqueurs.

Le phénomène devient aujourd’hui plus subtil. On ne quitte plus nécessairement un parti vers un autre. Même si on ne démissionne pas de manière formelle, on crée une structure intermédiaire, un mouvement, une plateforme ou une coalition qui permet de raccourcir progressivement la distance séparant les deux camps que la Démocratie et l’éthique souhaitent distants.

En effet, la mutation sémantique précède le changement de camp. On provoque une crise de leadership artificielle au sein de son parti ; on enjambe allègrement les clivages idéologiques ou doctrinaux ; on invoque la nécessité de se retrouver autour de l’essentiel ou l’urgence d’un front républicain sans contenu. Ces arguments peuvent être parfaitement légitimes lorsqu’ils reposent sur une convergence politique guidée par l’intérêt général. Mais, ils deviennent plus suspects lorsque le rapprochement des personnes précède manifestement celui des idées.

Alors, la transhumance ne disparaît pas ; elle change d’attelage.

Ce qui était autrefois un ralliement individuel devient une dynamique collective. Et ce qui relevait hier d’une quête de positionnement peut désormais se présenter sous les atours guignolesques de la sauvegarde d’une République qui serait en danger.

Néanmoins, il faut pourtant se garder d’un procès d’intention généralisé. Toute évolution politique n’est pas forcément une transhumance. Les partis naissent, se sclérosent et peuvent changer d’orientation. Les alliances se font et se défont au gré des intérêts qui les ont créées. Sous ce rapport, aucun responsable politique ne saurait être prisonnier éternellement d’un idéal trahi.

Cependant, une mutation politique devient crédible lorsqu’elle peut répondre à trois questions simples : Quelles idées nouvelles rapprochent les ennemis d’hier ? Quel projet de société veulent-ils bâtir ensemble ? Quelle cohérence, la nouvelle orientation a-t-elle avec le parcours connu et revendiqué ?

Souvent, les élites en “mouvement” ne répondent pas à ces questions. Elles préfèrent s’accrocher, toute honte bue, aux textes discutables de Fukuyama et de Huntington qui annoncent, à tort, la mort des idéologies.

Dans un tel schéma, la recomposition risque de n’être qu’un repositionnement des pions sur l’échiquier.

C’est précisément pourquoi le débat engagé sur la recomposition politique devrait aller beaucoup plus loin.

Le Sénégal n’a pas seulement besoin d’une nouvelle opposition ou d’une nouvelle majorité. Il a besoin d’une nouvelle offre politique.

Quelle réponse apporter à la crise de nos finances publiques face à l’enchérissement des coûts de l’énergie ? Comment retrouver des marges budgétaires sans étrangler davantage l’économie et le contribuable ? Comment produire davantage ce que nous consommons ? Comment transformer notre agriculture ? Quelle industrialisation avec des chaînes de valeurs ? Quelle place pour le secteur privé national ? Comment créer massivement des emplois pour une jeunesse dont l’horizon ne peut être ni l’émigration ni l’attente d’un contrat de prestation ou d’un CDD dans un secteur parapublic budgétivore ?

Et, au-delà de l’économie, la convergence des intelligences doit s’articuler autour d’un l’État fort et protecteur, d’une administration républicaine, d’une Justice indépendante, d’une démocratie participative porteuse de financement du développement des territoires et surtout d’une école qui prépare le Sénégal aux mutations technologiques et climatiques.

Voilà le véritable débat de la recomposition.

Il serait paradoxal de changer les coalitions sans changer les pratiques, d’inventer de nouveaux sigles pour reproduire les mêmes comportements et de préparer déjà les prochaines élections sans tirer toutes les leçons de l’alternance de mars 2024.

La véritable ligne de partage ne devrait donc plus être seulement entre pouvoir et opposition, anciens et nouveaux, libéraux, sociaux-communistes, et sociaux-démocrates, extrémistes et souverainistes.

La véritable ligne de rupture devrait passer entre la politique des positions et la politique des propositions.

Une recomposition digne de ce nom devrait être intellectuelle avant d’être électorale, programmatique avant d’être organisationnelle et collective avant d’être personnelle.

Les familles politiques historiques ont certes un héritage à assumer et des valeurs à défendre. Quant à elles, les forces nouvelles ont l’obligation de démontrer qu’au-delà des slogans, la rupture souhaitée peut produire des résultats. Mais toutes devraient être confrontées à la même exigence : que proposent-elles concrètement au Sénégal ?

Car la prochaine grande bataille politique ne devrait pas être celle des sigles. Elle doit être celle des solutions véritables.

Le pays n’a pas besoin d’un Mercato permanent où les acteurs changent de maillot en conservant la même tactique de jeu. Il a besoin d’une confrontation sérieuse entre des projets capables de répondre aux difficultés du présent et de préparer l’avenir.

La recomposition politique n’aura de portée historique que si elle débouche sur une refondation intellectuelle, programmatique et générationnelle.

Sinon, nous aurons simplement organisé un jeu des chaises musicales, créé une tempête dans un verre d’eau, chamboulé les coalitions et les alliances. Sans avoir changé la manière de faire la politique au grand bonheur des Sénégalais qui attendent mieux et plus.

Babacar Gaye
Ancien Ministre d’État

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