Je trouve indécent que le président et son Premier ministre semblent déjà s’engager, chacun de son côté, dans une logique de campagne électorale portée par des ambitions personnelles, au risque de fragiliser leur relation politique ainsi que la vision fusionnelle qu’ils avaient présentée au peuple sénégalais à travers le slogan « Diomaye mooy Sonko », à peine deux ans après leur accession au pouvoir.
Dans un contexte marqué par de nombreuses priorités nationales et des urgences sociales — fracture sociale, crise de l’État, crise économique, affaiblissement du contrat social, transformations culturelles inquiétantes de l’homosenegalensis — cette dynamique donne l’impression d’un pouvoir davantage préoccupé par des calculs politiques futurs que par la consolidation des acquis attendus par les citoyens. Cela est d’autant plus préoccupant lorsque l’on mesure les sacrifices consentis par une partie du peuple pour leur arrivée au pouvoir.
Bénéficier d’un mandat sans avoir encore pleinement démontré ses résultats, tout en laissant apparaître des ambitions pour un autre mandat, de manière dispersée entre le président et son Premier ministre, entretient un sentiment de confusion au sommet de l’État. Cette impression est renforcée par les divergences perceptibles entre le chef de l’État et son Premier ministre, mais aussi entre ce dernier et certains membres du gouvernement, après seulement deux années de gouvernance.
À travers ce feuilleton politique, le Sénégal semble aujourd’hui confronté non seulement à une crise de l’État dans ses piliers les plus essentiels, mais également à une fragilisation progressive de la société sénégalaise et de l’homosenegalensis, notamment dans ce qui faisait jusque-là sa capacité de résilience face aux crises ayant longtemps épargné le pays.
Docteur Cheikh Tidiane Mbaye,
Sociologue









