Il aura suffi que le Premier ministre Al Amine Lô annonce une conférence de presse sur le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 pour que Pastef-Les Patriotes programme, à son tour, son face-à-face avec les médias. Le même jour, à une heure d’intervalle. Comme si la bataille des idées devait nécessairement se transformer en duel de microphones.
Le parti d’Ousmane Sonko, dont les députés ont voté contre le texte en commission, convie ainsi les médias nationaux et internationaux à une rencontre prévue ce dimanche 25 octobre à 17 heures. L’objet précis de cette sortie n’a pas été communiqué. Mais, dans le climat politique actuel, difficile de ne pas y voir un nouvel épisode de la confrontation autour du PLFR 2026.
Le Sénégal serait-il devenu le théâtre d’une épidémie de diarrhée verbale dont les responsables politiques seraient à la fois les principaux vecteurs et les premiers bénéficiaires ? À coups de déclarations, de conférences de presse et de ripostes médiatiques, chacun semble vouloir imposer son récit, occuper l’espace et avoir le dernier mot.
Ousmane Sonko sait mieux que quiconque entretenir cette mécanique. Il parle, ses adversaires réagissent ; il relance, ils répliquent. Et le débat public s’enlise dans une succession de passes d’armes où le bruit finit parfois par couvrir l’essentiel.
Mais pendant que les micros crépitent, le goorgorlu, lui, compte ses pièces. Il fait face à la cherté de la vie, aux dépenses incompressibles et à l’incertitude du lendemain. Il ne remplit pas son panier avec des conférences de presse. Il ne paie pas ses factures avec des déclarations. Et il ne nourrit pas sa famille avec des joutes oratoires.
C’est précisément là que se situe le piège pour le gouvernement. À force de répondre à chaque sortie de Pastef, de commenter chaque déclaration et de vouloir gagner chaque bataille médiatique, l’exécutif risque de confondre l’agenda politique avec les priorités nationales.
La conférence de presse d’Al Amine Lô devrait donc être l’occasion de parler chiffres, choix budgétaires, arbitrages et conséquences concrètes du PLFR sur la vie des citoyens. Pas de se livrer à une nouvelle séance de ping-pong verbal. Le gouvernement n’a pas à courir derrière chaque offensive politique. Il doit expliquer, convaincre par les faits et assumer ses responsabilités.
Car gouverner, ce n’est pas avoir le dernier mot. C’est apporter les premières réponses aux préoccupations des populations.
Le Sénégal a besoin de méthode, de cohérence et de résultats. Travailler, encore travailler, toujours travailler ! Cette exigence devrait suffire à rappeler aux acteurs politiques que la parole n’a de valeur que lorsqu’elle prépare, accompagne ou explique l’action. Le reste n’est que folklore politique, querelles de grand-place et agitation médiatique.
Les Sénégalais sont fatigués de cette inflation de discours. Ils n’ont ni le temps ni les moyens de s’offrir le luxe d’un interminable cafouillage verbal. Ils attendent des actes sur le coût de la vie, l’emploi, le pouvoir d’achat et les urgences sociales. Leurs préoccupations ne peuvent rester éternellement les grandes absentes des grandes messes politiques.
Et comme si le spectacle n’était pas suffisamment fourni, voilà qu’Idrissa Seck, l’ombre du passé, s’apprête à reprendre la parole le 27 octobre, date anniversaire de la disparition de Lat Dior, figure emblématique de la résistance sénégalaise. Idy, fidèle à son art de la formule et du contre-pied, pourrait encore étonner son monde. Mais pour dire quoi, et surtout pour quel lendemain ?
L’ancien candidat sait occuper la scène lorsqu’il décide de sortir du silence. Reste à savoir si cette nouvelle prise de parole dépassera le rituel politique : quelques phrases savamment ciselées, des commentaires nourris, puis le retour au silence, pendant que les Sénégalais poursuivent seuls leur combat quotidien.
Au fond, le problème n’est pas que les hommes politiques parlent. C’est leur droit, et parfois leur devoir. Le problème commence lorsque la parole devient une fin en soi, lorsque la communication se substitue à l’action et que les citoyens sont réduits au rôle de spectateurs d’un feuilleton sans dénouement. MTG









