Par Fatoumata Bernadette SONKO
Mine de rien. Dans l’indifférence. La misogynie. Le féminicide continue à toquer à toutes les portes. En l’espace de 24h. Dans le même pays. Deux femmes tuées par deux hommes. Mame Diarra Sow, une coiffeuse de 24 ans, poignardée à mort à Thiès et Aminata Sy, élève en classe de Terminale de 17 ans, retrouvée morte et ligotée dans un sac à Podor. Une série de féminicides traumatisante relayée par la presse. Et comme d’habitude, silence radio politique.
Chaque meurtre plonge les Sénégalaises dans un crépuscule plein d’incertitudes. Déjà près d’une quinzaine ont perdu la vie depuis le début de l’année 2026 dans des circonstances atroces. Derrière ces chiffres glaçants, des vies percutées par le fléau des violences faites aux femmes. Comment écrire ces mots sans douleur ? Comment regimber face à toutes ces tragédies ?
Chaque décompte funeste de la presse tonne à l’oreille de chaque femme comme le bruit des pilons à l’aube quand les coqs chantent. À chaque fois, la même question : à qui le tour ? Qui sera la prochaine ? Quoi faire ? Comment se protéger ?
Chaque mort de femme, que ce soit dans son foyer ou ailleurs, expose la systématisation d’une forme de barbarie sans nom qui révèle une « inégalité des vies ». Comment masquer sa peur devant cette gangrène qui menace nos vies ?
Des partenaires intimes, des maris continuent à violenter, voire à tuer leur concubine et épouse, jour après jour. Banal. Des habitudes bien ancrées, des habitudes normalisées.
Une hécatombe silencieuse que ni la mobilisation et résilience des associations de femmes et des féministes, ni le discours du chef de l’État, à la fin du mois de décembre 2025, ne semblent arrêter. Un discours qui a, pourtant, nourri l’espoir d’un changement de regard sur les violences envers les femmes, en prônant « la tolérance zéro », et alimenté l’espoir qui mettrait fin à leurs effets dévastateurs, en reconnaissant du même coup le féminicide.
La rhétorique semble vaine. Comme enfiler des perles vides de sens. Une atonie politique. Car, la reconnaissance institutionnelle souffre d’un manque d’actions concrètes sur le terrain. Elle ne se traduit pas dans le quotidien des Sénégalaises. Par exemple, le numéro vert (116) dédié aux victimes de violence n’est pas fonctionnel et la construction de centres d’accueil pour les femmes ne couvre que peu de villes à travers le pays.
Est-ce une annonce en trompe-l’œil ? Un soutien de la pointe de l’orteil? En tout cas, elle semble échapper à la réalité sociale normalisant des violences enkystées dans le tissu social. Ces violences qui agissent, d’ailleurs, comme des révélateurs, déciment les femmes, à petit feu, persécutées où qu’elles soient.
Qu’attend l’État pour opérer cette déprise et mettre fin à ses tergiversations, aux sanctions bonbons en octroyant les ressources nécessaires qui traduisent ses promesses de sécurité dans le quotidien des Sénégalaises ?
Qu’attend l’État pour politiser la question des féminicides, en faire une cause nationale, inscrire dans son agenda cette « propagande politique » afin de dessiller les yeux et sortir du déni ?
Pendant le temps des décisions qui titubent, les compteurs tournent. La liste ne cesse de s’allonger. Et, les femmes continuent de mourir sous les coups d’un terrorisme patriarcal que semble cornaquer ce mutisme institutionnel.










