« Sur le papier, j’ai 11 000 jeunes ; sur le terrain, j’ai du mal à les voir. » La formule est aussi frappante que révélatrice. Dans un entretien accordé à L’Observateur, le directeur général de la Société nationale de gestion intégrée des déchets (Sonaged), Babacar Abba Mbaye, lève le voile sur les dysfonctionnements qu’il dit avoir découverts à la tête de cette entreprise publique. De la gestion de la décharge de Mbeubeuss à la situation des jeunes recrutés dans le cadre du programme « Xëyu Ndaw ñi », le nouveau patron de la Sonaged pointe des anomalies et appelle à une remise à plat.
À Mbeubeuss, c’est toute l’organisation de la filière de récupération du plastique qui est mise en cause. Babacar Abba Mbaye dénonce « un véritable déni de responsabilité » et juge « inadmissible » un système dans lequel les récupérateurs collectent le plastique avant de le céder à un prix fixé par une entreprise étrangère, qui le transforme en granulés puis l’exporte. Une chaîne de valeur dans laquelle la Sonaged, pourtant investie d’un rôle d’intermédiaire, reste paradoxalement en retrait.
Pour le directeur général, cette situation ne peut perdurer. Il entend repositionner la société publique au cœur du dispositif, en lui faisant jouer pleinement son rôle d’intermédiaire économique : acheter les matières récupérées et maîtriser leur prix de revente. L’ambition est de faire de Mbeubeuss un véritable trait d’union entre l’exploitation des déchets et leur industrialisation, avant d’étendre cette démarche aux 120 décharges du pays.
L’autre dossier sensible concerne les 11 000 jeunes du programme « Xëyu Ndaw ñi ». Lancé sous le régime de Macky Sall, ce dispositif d’emploi soulève, selon Babacar Abba Mbaye, des interrogations sur le suivi des effectifs et le statut des travailleurs concernés. Le directeur général affirme avoir du mal à retrouver sur le terrain les jeunes recensés dans les documents. Il relève également l’absence de contrats à durée déterminée (CDD), de contrats à durée indéterminée (CDI) ou de régime spécifique clairement établi pour ces travailleurs.
Face à ces constats, il réclame la possibilité de procéder à une évaluation et à un audit du programme. L’objectif affiché : disposer d’une situation précise des effectifs, envisager des recrutements et améliorer les conditions de travail des jeunes concernés.
Derrière cette déclaration choc, une question centrale se pose : comment assurer une gestion transparente des ressources humaines et valoriser le potentiel économique des déchets si les effectifs, les statuts et les mécanismes de rémunération restent à clarifier ? Babacar Abba Mbaye semble vouloir faire de ces deux chantiers des priorités de son mandat à la tête de la Sonaged.









